Quand Yersinia pestis visite Marseille

1720. En ce 25 mai, le Grand Saint-Antoine, un bâtiment de 37 mètres de long, se présente en rade au mouillage de quarantaine près de Marseille.  

Chargé de près de 900 ballots de tissus du Moyen-Orient de très grande valeur, on tente le tout pour le tout pour décharger rapidement, surtout pour ne pas manquer l’ouverture de la foire des tissus de Beaucaire, en juillet.  Ceci inclut le maquillage des journaux de bord (et sûrement quelques pots-de-vin) pour s’assurer l’obtention d’une patente de santé nette (certification sanitaire), cachant ainsi la cause réelle des décès d’une dizaine de membres d’équipage durant le voyage. Une partie de la cargaison, abritant des puces de rat infectées du bacille de la peste, sera même déchargée avant la fin de la période de quarantaine.

Il en résultera une épidémie qui fauchera environ 40 000 Marseillais, soit la moitié de la population de la ville portuaire, sans compter les ravages en Provence et dans le Languedoc.

Enfin ‘réveillées’, les autorités décideront de brûler et couler le bateau avec le reste de sa cargaison (et les rats qui n’avaient pu débarquer) en juillet, mais l’ordre ne sera exécuté que le 25 septembre suivant.

Une chance que les autorités du XXIe siècle démontrent plus de vélocité devant une pandémie…

Pierre-Esprit, Médard Chouart et HBC

1670. À Londres, par charte royale, le roi Charles II crée la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cette charte accorde à la compagnie le monopole de traite avec les Amérindiens de biens et (surtout) de fourrures du territoire de la Terre de Rupert, incluant la Baie d’Hudson et toute la région des rivières et fleuves s’y déversant.

Ceci est le fruit d’un ‘’sales pitch’’, incluant distribution d’échantillons devant les dragons de la cour du roi d’Angleterre par deux coureurs des bois français frustrés (eh oui, ça arrive), Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseillers, suite à leurs démêlées avec le gouverneur de la Nouvelle-France.

En effet, tout fiers d’avoir rapporté une centaine de canots remplis de peaux de qualité en provenance de la Baie d’Hudson, les deux potes entrepreneurs s’étaient préalablement fait saisir leur cargaison et imposer une amende parce qu’ils auraient opéré sans permis. Puis des représentations subséquentes pour l’obtention  de tels permis s’étaient butées au refus des autorités, d’où l’idée de se tourner vers la compétition.

Quelques années plus tard, cette fois incapables de faire adopter par la compagnie une approche commerciale qu’ils jugeaient plus efficiente, telle que pratiquée par les forts Français le long des Grands Lacs, Radisson et des Groseillers, (encore) frustrés, retourneront leur allégeance vers la France.

Aujourd’hui pour son 350e anniversaire, la HBC, comme plusieurs autres bannières commerciales, pourrait avoir besoin l’aide d’un respirateur pour sa survie face à un p’tit virus…

Mr. President

1789. C’est jour d’investiture pour George Washington, le tout premier élu à la présidence des États-Unis. La cérémonie se déroule au Federal Hall sur Wall Street à New York, lieu servant à la fois d’hôtel de ville et de premier Capitole des États-Unis.

Déjà fort respecté pour ses exploits lors de la guerre d’indépendance et son leadership politique, POTUS-1 aurait résisté aux prédicats honorifiques pompeux relevant plutôt de la royauté proposés par le Sénat, tels ‘’Son Excellence’’ ou ‘’Son Altesse le Président’’, insistant sur la simple appellation ‘’M. le Président’’.

On ne peut que spéculer sur le choix de l’appellation que le tenant présent du poste aurait aimé s’attribuer…    

Ermächtigungsgeset

1933. Pour accepter le poste de chancelier du Reich, ’’offert’’ par le président Paul von Hindenburg le 30 janvier précédent, Adolf Hitler avait exigé de nouvelles élections législatives dans les plus brefs délais, question de gonfler la représentation nazie au Reichstag, le parlement allemand.

 Malgré une campagne ‘’démocratique’’ fortement teintée d’intimidation et de propagande, l’ensemble des partis d’extrême droite et de droite n’auraient atteint que la majorité simple lors des élections du 5 mars.  Pour un aspirant à la dictature, ce n’était pas suffisant pour lui donner les coudées franches.

Voilà donc, c’est la loi d’habilitation ou loi des pleins pouvoirs (le titre coiffant cette chronique) qu’Adolf Hitler réussit aujourd’hui à faire adopter, lui assurant les pleins pouvoirs pour régner par décrets, donc réduisant le Reichstag en un club de faire-valoir. Ce qui fera dire à Joseph Goebbels, son ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande quelques jours plus tard, ‘’maintenant nous sommes les maîtres’’. Techniquement une loi d’exception à portée limitée, le Führer se l’appropriera en permanence et s’en servira à toutes les sauces jusqu’à la toute fin de son règne, absolu.

Dans des moments de crise, comme celle que nous connaissons présentement à l’échelle planétaire avec la COVID-19, il est normal de voir des gouvernements adopter des lois d’exception, ou des mesures d’urgence. Nous ne devrions pas avoir à craindre des aspirations de nos dirigeants, sauf bien sûr pour ce qui est du (très) sympathique président au sud de notre frontière…

de remontrance à 1er amendement

1657. Il y a 362 ans aujourd’hui, le directeur général de la Nouvelle-Néerlande, Pieter Stuyvesant, recevait une pétition signée d’une trentaine de ses commettants de la commune de Flushing (originalement nommée Vlissigen, puis Vlishing) l’enjoignant de revenir sur sa décision d’interdire les cultes autres que celle de l’Église réformée néerlandaise. 

Quoique d’initiative de gens de sa propre confession réformiste, le but de cette pétition, la remontrance de Flushing, tentait surtout de mettre un terme à toute forme de persécution à l’égard des pratiques religieuses des fidèles de l’organisation des Quakers. Suite à son refus, Stuyvesant se verra contraint par ses patrons de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales à abandonner son intolérance religieuse quelques années plus tard, en 1663, un peu avant la prise de contrôle du territoire par les Britanniques l’année suivante.

Cette pétition, la remontrance de Flushing est réputée être l’inspiration du premier amendement à la constitution américaine, soit ‘’Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice…’’, adoptée le 15 décembre 1791.

Flushing (aucun lien avec Tirant-la-Chasse), dans l’arrondissement de Queens et à proximité de l’aéroport LaGuardia (New York), après avoir été le site des expositions internationales de 1939 et 1964 (deux flops commerciaux), abrite aujourd’hui le parc Flushing Meadows, site depuis 1978 du US Open, tournoi grand chelem de tennis.

Quant à Pieter ou Peter Stuyvesant, sa mémoire partira en fumée à la fin du XXe siècle.  Ici, les post-boomers risquent de ne pas comprendre…

Échos de la pouponnière – Leo

1863. Souhaitons aujourd’hui la bienvenue en ce monde au petit Leo Hendrik Baekeland, fils de cordonnier à Gand, Belgique. 

Doué en chimie, physique et mathématique, il obtient un doctorat en sciences naturelles.  Émigré aux USA, il se fera d’abord connaître pour le développement et la commercialisation d’un papier photographique appelé Velox, qui sera acheté par Eastman Kodak.

Mais c’est surtout le produit de cette vente qui l’aidera à financer ses recherches sur les matières plastiques, aboutissant à la création de l’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol, un polymère thermodurcissable.  Pour faire simple, le nom adopté pour le brevet et la commercialisation sera la Bakélite (Bakelite).

Ce ne sera rien de moins qu’une révolution, avec des applications multiples pour ce matériau moulé non conducteur, pouvant autant imiter le métal que le bois ou l’ivoire, tels que boîtiers de téléphones, radios, isolants électriques, boules de billard, même la ‘’Rickenbacker 1935 Bakelite Model B Spanish guitar’’.    Et pour les plus jeunes qui n’ont pas connu le XXe siècle, allez faire un tour à la salle de bains; le pommeau de douche et plusieurs autres accessoires sont fort probablement des produits d’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol.

Surnommé le père de l’industrie du plastique avec plus d’une centaine de brevets à son actif et plusieurs milliers de produits issus d’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol (merci à la fonction copier-coller), Leo a finalement élu domicile en 1944, bien malgré lui, au cimetière de Sleepy Hollow, dans la ville de Mount Pleasant, aux abords de la rivière Hudson (NY).

Visite nocturne au Musée

1972. Peu après minuit ce 4 septembre, trois visiteurs pénètrent par une lucarne en réparation (donc non reliée à un système d’alarme) du toit du Musée des beaux-arts de Montréal pour ‘’magasiner’’ tableaux et autres œuvres d’art.

Ayant rapidement neutralisé les gardes de sécurité, ils font le tour et rassemblent de nombreux souvenirs pour emporter.  Or, repartir avec le butin en empruntant le même chemin qu’à l’arrivée ne sourit plus à nos voleurs, qui auraient à remonter la corde jusqu’à la lucarne, 15 mètres plus haut, puis redescendre du toit du musée par une échelle. Avec les clefs récupérées d’un des gardes, ils estiment qu’il serait plus aisé de sortir par une porte de service, confortablement installés dans un camion du musée. Or l’ouverture de ladite porte déclenche cette fois le système d’alarme. Surpris, les voleurs s’envolent à pied avec un total de 18 tableaux (surtout de petite taille) et divers bijoux et autres cossins.

Personnellement, je n’avais aucun souvenir de ce fait divers, qui on s’entend n’avait rien d’un scénario à la Thomas Crown. Il est vrai qu’en ce week-end de la Fête du Travail, les médias n’en avaient (avec raison) que pour la tragédie du Blue Bird, un incendie criminel ayant fait 37 victimes quelques jours plus tôt, la Série du Siècle au hockey, à peine entamée, puis le massacre à venir aux Jeux olympiques de Munich.

Sûr que Claude Poirier aurait aimé travailler à la recherche des ‘dividus avec Renée Russo…

de sang, sueur et larmes

What goes up, must come down, Spinning wheel got to go round, Talkin’ ’bout your troubles, it’s a cryin’ sin…”

Les boomers parmi vous auront sûrement reconnu les premières lignes de ‘’Spinning Wheel’’, un gros succès de 1968 du groupe Blood, Sweat & Tears, sûrement un clin d’œil avec un personnage marquant du XXe siècle.

1940. En fait, c’est en ce 13 mai, quelques jours après avoir pris la relève de Neville Chamberlain à titre de premier ministre du Royaume-Uni, que Winston Churchill livre un de ses mémorables discours à la Chambre des communes:

’… je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.  Vous me demandez, quelle est notre politique? Je vous dirais : c’est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner.’’

Le bonhomme tiendra parole et viendra, en 5 ans, à bout des forces de l’Axe.  Avec un peu d’aide de ses amis, bien sûr…

Pourrions-nous imaginer le voir portant une casquette MEGA (ou MGBA) sur le coco? Not a bloody chance!  

La tomate au tribunal

1893. Les annales des cours de justice foisonnent de causes initiées par l’interprétation lexicale des choses, comme l’illustre l’affaire Nix v. Hedden chez nos amis du Sud.

C’est par une décision unanime que les juges de la Cour suprême des États-Unis, présidée par l’honorable Horace Gray, statuent en ce 10 mai que malgré sa définition botanique, la tomate doit être reconnue comme un légume, telle que toujours considérée dans le langage populaire.

La source du litige est l’introduction, dix ans plus tôt, d’une loi douanière imposant des droits sur l’importation de légumes, mais pour une raison qui m’échappe, pas sur les fruits.

La plaignante, la John Nix & Co., importatrice majeure de fruits et légumes de New York, contestant les droits douaniers exigés pour ses tomates, soumet à la cour comme évidence la définition de la tomate, telle que décrite dans les dictionnaires Webster, Worcester et Imperial.  

Le défendeur, Edward L. Hedden, trésorier du port de New York, responsable de la collecte des tarifs, se sert des mêmes dictionnaires pour démontrer que des équivalents tels la courge, le concombre et le poivron sont également définis comme fruits, mais tous perçus comme légumes.

La plaignante revient à la charge en soumettant d’autres légumes, toujours tirés des mêmes dictionnaires, comme le haricot, la patate et la carotte. Alors là je ne sais trop où la poursuite voulait en venir avec ces nouveaux ‘’témoins’’, mais de toute évidence, elle a fait chou blanc.

On sait tous aujourd’hui que la tomate n’a pas sa place dans une salade de fruits, à moins bien sûr de convertir cette dernière en ketchup.

Puisque rendues dans le ketchup, mes recherches m’apprennent que ce condiment, tout comme la relish, sa cousine, avait été promu en 1981 au titre de légume par la Food and Drug Administration (FDA). Ce geste, dans la foulée de compressions budgétaires de l’administration Reagan, aurait permis de remplacer une portion de légumes frais dans les menus de cantines scolaires par le (plus économique) ketchup, provoquant un tollé du côté des nutritionnistes et des démocrates. 

L’actuel fin gourmet logeant à la Maison-Blanche aurait-il eu le culot de poser un tel geste?…