Un loyer record

1759. Un peu à l’étroit dans ses locaux à Leixlip, dans le comté de Kildare,  le brasseur irlandais Arthur Guinness trouve un site à Dublin, une vieille brasserie en désuétude, la St. James’s Gate Brewery pour étendre ses opérations.

Son proprio exige une avance de 100£, assortie d’un loyer annuel de 45£ pour le site.  Atteint sûrement d’un optimisme délirant, Guinness fait ajouter au bail une durée de 9 000 ans, toujours au même tarif fixe.  L’histoire ne dit pas si le propriétaire avait abusé de la brune brew du nouveau locataire avant d’apposer sa signature sur le document, mais il est bon de mentionner que ses locaux étaient restés inoccupés pendant 10 ans avant l’arrivée de Guinness.

Pour des raisons subséquentes d’expansion, l’entente historique deviendra malheureusement caduque lorsque l’entreprise brassicole fera l’acquisition du site, bien avant la création du mythique Livre des Records

DEI GRATIA

1911. Grand moment d’émoi, alors que la Monnaie Royale Canadienne modifie quelque peu l’inscription sur le côté face de nos cennes.

Ainsi, sans tambours ni trompettes, l’inscription auréolant le visage de notre souverain (du moment), cuvée 1910 ‘’EDWARDUS VII DEI GRATIA REX IMPERATOR’’ change, pour la cuvée 1911 à ‘’GEORGIUS V REX ET IND IMP*’’.  L’omission des mots DEI GRATIA (ou à la grâce de Dieu) provoque le scandale chez le bon peuple canadien.  Un roi sans la bénédiction divine, c’est du sacrilège! 

Toujours est-il qu’à partir de 1912, l’imprimatur céleste reprendra prestement sa juste place dans le titre royal sur toute monnaie, ne serait-ce que par les initiales ‘’D.G.’’, comme on le voit aujourd’hui.  D’ailleurs, au XXIe siècle, on se soucie davantage d’éléments de décor dans un salon bleu, que du p’tit change dans nos poches…

*et Empereur de l’Inde

…dans le coeur de ses compatriotes

1799. Sollicité par le Sixième Congrès, le général retraité de l’Armée Continentale, membre du Congrès, gouverneur de la Virginie et père du général Robert E. Lee, Henry ‘’Light Horse Harry’’ Lee compose l’oraison funèbre destinée à son frère d’armes et ami, le regretté George Washington, décédé le 14 décembre. 

Il pond son texte à Philadelphie, dans l’ancienne résidence de Benjamin Franklin.  Henry Lee ne pourra lui-même livrer l’oraison quelques jours plus tard, mais on pourra retenir ces quelques mots vers la fin de son texte:

‘’To the memory of the Man, first in war, first in peace, and first in the hearts of his fellow-citizens’’, ou à la mémoire de l’Homme, premier en guerre, premier en paix, premier dans le coeur de ses compatriotes.

Il est fort à parier que l’oraison dédiée à son quarante-quatrième successeur, lorsque son tour viendra, soit quelque peu moins élogieuse.  Ou, Dieu nous garde, le contraire…

Blenheim Palace

1874. Souhaitons la bienvenue en ce bas monde, plus précisément dans le vestiaire de salle de bal d’un château, au petit Winston Churchill. Comme nous le savons tous aujourd’hui, il deviendra une des personnalités de premier plan du XXe siècle. Bravo!

Ceci étant dit, quoique ce jour puisse de plein droit lui appartenir,  j’ai préféré me servir du jour de sa naissance comme prétexte pour braquer les projecteurs, ne serait-ce que brièvement, sur la résidence lui ayant servi de point de chute: le palais Blenheim.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, cette coquette résidence de style baroque (ou de bar rock en cette mémorable soirée de party où la belle et très enceinte Lady Randolph Spencer-Churchill accoucha) fut construite entre 1705 et 1722 à Woodstock.

Pourquoi le nom ‘’Blenheim’’ pour un château sis dans le très british comté d’Oxford, me demanderiez-vous?  Parce qu’il était une fois, en 1704, dans un affrontement majeur en Bavière, dans le contexte de la guerre de Succession d’Espagne, appelée la bataille de Höchstadt (aussi appelée bataille de Blenheim), un certain John Churchill, duc de Marlborough qui triompha avec son allié Eugène de Savoie contre une coalition franco-bavaroise.

Confus jusqu’ici? Moi aussi, alors je n’élaborerai pas d’avantage sur cette bataille, ni son contexte historique, puisqu’il n’y en a que le nom qui nous intéresse.

Donc en guise de récompense au duc de Marlborough pour sa victoire sur les méchants Français, la Couronne lui offre le gros du financement pour la construction de cette résidence baptisée en l’honneur du nom de la bataille.  Hélas, puisqu’on peut qualifier cette aventure d’une forme de PPP, ça ne se fera pas sans controverses, délais ni excès dans les dépassements de coûts.  Et comme pourrait le clamer une ancienne gouverneure générale dont nous chérissons tous le doux souvenir: ‘’…et pendant longtemps ils n’ont même pas d’eau chhhaude!’’.

Aujourd’hui un attrait touristique indéniable, cet édifice sert souvent de décor pour le cinéma, dont en voici quelques exemples : Barry Lyndon (1975), King Ralph (1991), Chapeau melon et bottes de cuir (1998), Harry Potter et l’Ordre du phénix (2007), Mission Impossible 5 (2015)…

Khan vs Kamikaze

1281. Les Mongols de Kubilaï Khan (le petit-fils de Ghengis) sont considérés les maîtres de l’Asie (et même plus), mais encore faut-il qu’ils restent sur la terre ferme. Ils l’apprennent à la dure, deux fois plutôt qu’une, dans leurs tentatives d’ajouter le Japon à l’empire de la dynastie Yuan.

N’eut été d’un typhon venu malencontreusement brouiller les cartes et coulé le tiers de la flotte mongole à l’automne 1274, l’invasion aurait dû réussir.  Pour le Khan, ce fut de la malchance, donc partie remise.

Suite à ce contretemps, il a tenté l’approche diplomatique, encouragé par son chum Marco Polo qui avait trouvé l’idée géniale et ne cessait de répéter yes we Khan. Une délégation se présenta donc chez l’empereur japonais, l’invitant à venir à Dadu (Beijing) se prosterner devant le Kubilaï Khan.  Hélas, ce fut un autre échec, les têtes de ses émissaires étant retournées, séparées du reste de leurs corps.  Il va sans dire que la réponse nippone constitua un affront pire qu’un tweet extrême d’une ministre canadienne à propos des us et coutumes d’un petit royaume du Moyen-Âge Moyen-Orient.

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Donc le Khan, coiffant sa casquette MAGA (Make Asia Great Again), entreprit de se rebâtir une nouvelle flotte, un projet étalé sur sept ans.  Il créa même un ministère dédié exclusivement à la conquête du Japon.  Cette flotte serait immense, comptant environ 4 400 bâtiments, petits et gros, provenant de chantiers chinois et coréens (vous l’aurez deviné, aucun contrat pour la Davie, navrant…).

La puissance navale de Khan se présentera enfin en août 1281, au large de l’île de Kyushu.  Or, n’ayant pas au préalable consulté le canal météo, sa flotte sera surprise le 15, par un autre typhon.  Cette manifestation de Mère Nature, affectueusement appelée ‘’vent divin’’ (Kamikaze) par les insulaires nippons, avalera la flotte ennemie, protégeant ainsi le Japon de l’envahisseur.

Croyant d’ailleurs à l’influence de forces surnaturelles, le Khan abandonnera son projet.  Et son ministère.

Peut-être le reverrons-nous vers l’an 2285, aux alentours de Ceti Alpha VI…   

le Crime artistique du siècle

1974. Les ayant ‘’découvertes’’ en feuilletant un magazine dans un cabinet de dentiste 6 ans plus tôt, le funambule français Philippe Petit réalise enfin son rêve et enjambe ce matin le fil qui relie le sommet des tours jumelles du World Trade Center.

Il ne se contente pas de traverser la distance dans le vide, à plus de 400 mètres du sol, mais bien de faire 4 allers-retours. Étirant son plaisir, il s’immobilisera tantôt pour se coucher sur le fil, tantôt pour s’y agenouiller et saluer la foule, près d’un demi-kilomètre sous lui, alors que les policiers, l’attendant sur les toits, lui ordonnent de cesser, menaçant même de l’attraper au moyen d’un hélicoptère.

Pour réussir l’exploit, qualifié de ‘’crime artistique du siècle’’, Petit aura, avec quelques complices, préparé la cascade dans ses moindres détails, incluant plusieurs visites de repérage, dignes d’un roman d’espionnage.

Quelques semaines plus tard, un autre crime artistique est commis, cette fois-ci de l’autre côté de l’Atlantique, par le groupe rock Supertramp, avec la sortie de l’album Crime of the Century. Désolé, il n’y a aucun lien avec la cascade new-yorkaise.

Par contre, on pourrait se demander si les paroles de la chanson-titre ne seraient pas prémonitoires, non pas en référence à l’autre crime dont les tours jumelles feront tragiquement les frais à l’aube du siècle suivant, mais plutôt de l’implosion possible et redoutée de la démocratie américaine.  Espérant se trumper…

La Mozart muselée

1751. En direct de Salzbourg, félicitons enfin la cigogne pour la livraison, après trois tentatives infructueuses, de la petite Maria Anna Walburga Ignatia aux fiers parents Anna Maria et Leopold Mozart.

Les conditions sanitaires et d’hygiène de l’époque peuvent expliquer qu’en plus des trois premiers, deux autres enfants après elle mourront peu de temps après leur naissance, soit avant l’arrivée du p’tit dernier, qui deviendra célèbre.

Maria Anna, affectueusement surnommée Nannerl, démontre très tôt un talent exceptionnel pour la musique et le paternel, violoniste, compositeur et enseignant, l’initie au clavecin dès l’âge de sept ans. Ça ne sera pas long avant que le p’tit frère, du haut de ses 3 ans dise ‘’moi aussi, moi aussi!’’

Leopold fait la tournée des grandes villes d’Europe avec les deux enfants, tous deux prodiges. Malheureusement, l’aînée sera éventuellement affligée d’un grand mal, celui où une fille atteint l’âge 18 ans, soit l’âge de se marier.  Le bon Léo mettra donc abruptement fin à la carrière de sa fille, à qui il défend de se produire en public, se consacrant dorénavant exclusivement à ‘’promoter’’ (comme aurait dit Régis Lévesque) le jeune Wolfgang.

Nannerl se pliera aux exigences de son père, incluant celle de prendre un mari imposé.  Reléguée dans l’ombre de son célèbre frère, avec qui elle avait pourtant vécu une belle complicité jusqu’alors, on ne peut que spéculer sur la suite, eût-elle pu continuer de briller dans son art.

Pour prix de consolation, elle vivra deux fois plus longtemps que son frère.

Manifeste de Brunswick

1792. La France nage en pleine Révolution. Si ce n’était pas suffisant en soi, le roi Louis XVI, fortement poussé par l’Assemblée législative (qui aura bientôt sa peau de toute façon), a depuis peu déclaré la guerre contre l’Autriche, puis son alliée, la Prusse.

En ce 25 juillet, Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick, chef de l’Armée prussienne, adresse au peuple de Paris un sympathique tweet

‘’rendant personnellement responsables de tous les événements, sur leurs têtes, pour être jugés militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l’Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité, et de la garde-nationale de Paris, juges de paix, et tous autres qu’il appartiendra ; déclarant en outre leurs dites majestés, sur leur foi et parole d’empereur et de roi, que si le château des Tuileries est forcé ou insulté ; que s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le roi et la reine, et à la famille royale ; s’il n’est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés, coupables d’attentats, au supplice qu’ils auront mérité’’.

Or on attribuerait plutôt la paternité du texte soit à des émigrés ayant fui la Révolution, soit à Louis XVI lui-même.  Quoi qu’il en soit, ce texte ne fera que galvaniser le ressentiment envers la famille royale et aboutira avec l’assaut sur les Tuileries le 10 août et le décret par l’Assemblée nationale de la déchéance du pouvoir exécutif du roi.

réaction parisienne au manifeste

2018. À ses amis iraniens, le président américain commet ce gentil petit tweet

« Au président Rohani : NE MENACEZ PLUS JAMAIS LES ÉTATS-UNIS OU VOUS SUBIREZ DES CONSÉQUENCES DONT PEU DE GENS ONT SOUFFERT TOUT AU LONG DE L’HISTOIRE. NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS QUI TOLÉRERA VOS PAROLES DÉMENTIELLES DE VIOLENCE ET DE MORT. FAITES ATTENTION! »

réaction iranienne au manifeste

Soupir…

de mensonges, stupidités et couardises

1925. C’est la sortie en Allemagne, ce 18 juillet, d’une brique dépassant les 700 pages dont le titre original était ‘’Viereinhalb Jahre (des Kampfes) gegen Lüge, Dummheit und Feigheit’’ ou ‘’Quatre ans et demie de lutte contre les mensonges, la stupidité et la couardise’’.

L’éditeur aura réussi à convaincre son auteur à mettre un peu d’eau dans sa bière et réduire le titre de son recueil philosophique et autobiographique à ‘’Mein Kampf’’, ou  ‘’Mon Combat’’.  Après des débuts plutôt discrets, ça deviendra un bestseller pendant près de deux décennies.

Malgré son ultime échec militaire, cet auteur mégalomane et narcissique aura réussi à bouleverser et marquer la planète au XXe siècle.

 

2018. C’est la sortie d’un autre tweet quotidien (minimum) depuis environ trois ans* sur le thème de lutte contre les mensonges, la stupidité et la couardise. Heureusement, l’auteur semble très bien s’accommoder avec la capacité maximale originale de 140 caractères pour sévir sur le réseau du p’tit oiseau.

Malgré les efforts de scripteurs et d’éditeurs, l’auteur mégalomane et narcissique ne fait qu’à sa tête et tire, en textes et déclarations, sur tout ce qui bouge.

Espérons le réveil du peuple américain à temps pour éviter un autre bouleversement planétaire.

p.s.: Bien sûr, on ne peut oublier la publication de ‘’Trump: The Art of the Deal’’, ou ‘’Trump par Trump’’ qui a trôné treize semaines au sommet de la New York Times Best-Seller List en 1987. Mais ça n’a pas encore pénétré (de gré ou de force) tous les foyers d’Amérique, comme ce fut le cas jadis en Allemagne avec ‘’Mon Combat’’.

*depuis qu’il a lancé sa campagne à l’investiture républicaine en juin 2015

Recrutement houleux à NY

1863. La bataille de Gettysburg vient tout juste de se conclure, à l’avantage de l’Union, mais la guerre de Sécession fait toujours rage aux États-(dés)Unis et on manque de viande fraîche pour soutenir l’effort militaire.

Terre d’accueil de nombreux immigrants, à cette époque majoritairement Irlandais et Allemands*, la ville de New York abonde de recrues potentielles, mais pas nécessairement enthousiastes pour aller se casser la gueule dans un conflit qui ne les regarde pas vraiment. Quelques mois plus tôt, le Congrès américain avait adopté l’Enrollment Act.

Si cette conscription touche tous les citoyens mâles âgés entre 20 et 45 ans, elle épargne par contre les biens nantis qui peuvent s’y soustraire, moyennant une contribution de 300$.  On devinera que cet échappatoire exclut d’office ces nouveaux citoyens (surtout irlandais), étant presque tous de la classe ouvrière.  De plus, malgré leur affranchissement, les Noirs, n’étant pas encore considérés des citoyens, ne sont pas visés par la conscription.  Les tensions raciales n’en sont qu’exacerbées avec la réelle menace pour l’emploi qu’un afflux du sud de ces derniers apporterait.

Les bureaux de recrutement sont pris d’assaut ce lundi matin, le troisième jour de ‘’repêchage’’, par environ 500 manifestants, dirigés par les pompiers volontaires de la caserne Engine Company No. 33.  Elle tourne rapidement à l’émeute, que les autorités pourront difficilement contenir, les milices n’étant pas encore revenues de Gettysburg. En trois jours, le conflit se soldera avec 120 morts et près de 2 000 blessés, dont plusieurs de race noire.  Parmi les nombreux édifices touchés, on comptera le Colored Orphan Assylum, pillé, puis rasé par les flammes.  Heureusement, les policiers auront réussi à évacuer les 233 orphelins à temps.

Bien sûr, Hollywood saura nous servir une mise en situation historique du climat de l’époque avec le film ‘’Gangs of New York’’, où finalement le cassage de gueule abondera, au grand plaisir des cinéphiles.

Je crois que le nano-rayonnement et l’absence totale de revenus tirés de cette chronique m’assurent une certaine immunité – que je n’oserais abuser – face à des sujets pouvant toucher des entités sociales, culturelles ou raciales sensibles. Espérant que les pompiers volontaires me pardonneront.  Avis à Betty, Robert et le TNM: touchez-pas à ça…

*En 1885, pour échapper à la conscription dans l’armée de l’Empire allemand, un coiffeur âgé de 16 ans fera partie de cette vague migratoire, un certain Frederick (Friedrich) Trump.  Il bâtira sa fortune dans la restauration et l’hôtellerie lors de la ruée vers l’or sur la Côte Ouest.