Le fâcheux destin de l’Essex, ou comment apprécier de bons camarades avec pas de sauce.

1820. En totale rupture avec le scénario classique, l’Essex, un baleinier américain de 27 mètres est attaqué par un énorme cachalot et sombre au beau milieu du Pacifique, à quelque 3 700 km à l’ouest des côtes de l’Amérique du Sud.

Les vingt membres de l’équipage s’en tirent et se répartissent, avec leurs maigres vivres et instruments, dans trois baleinières, des chaloupes d’environ 6 à 9 mètres de long.

Le capitaine George Pollard veut mettre le cap vers les îles Marquises, les plus proches connues malgré la distance de 1 900 km à parcourir.  Or son premier maître, Owen Chase et d’autres matelots, inquiets par les rumeurs de cannibalisme chez les indigènes de ces îles polynésiennes, vont le convaincre de se diriger plutôt vers les côtes de l’Amérique.  Pour ce faire, ils devront descendre environ 1 600 km vers le sud, puis bifurquer vers l’est en tirant avantage des vents d’ouest, vers une destination quand même évaluée à environ 4 800 km plus loin.

Je vous épargne les détails de cette longue balade de près de 90 jours où, ironiquement, comme dans la populaire chanson ‘’Il était un petit navire’’, les 8 survivants auraient découvert les avantages de se sustenter sur les dépouilles de collègues, sans sauce, pour eux-mêmes se sauver.

Trente ans plus tard, Herman Melville s’inspirera en partie du récit d’Owen Chase, intitulé ‘’Narrative of the Most Extraordinary and Distressing Shipwreck of the Whale-Ship Essex’’ pour pondre son chef-d’œuvre ‘’Moby-Dick’’.  Ohé! Ohé!

Déambulation montréalaise – Jobs et la marmotre

J’adore marcher et découvrir des quartiers, que ce soit dans les Basses Laurentides, Laval ou Montréal.  La journée s’annonçant splendide et n’ayant pas fait de promenades depuis une semaine, il ne fallait pas manquer l’occasion d’aller déambuler.

Donc ce matin, destination Montréal, ville que j’ai longtemps adoré haïr, du moins jusqu’à ce que j’aie compris qu’il fallait laisser sa voiture dans le 450 pour apprécier.

Voici l’itinéraire de la matinée.

Accompagnant ma chérie à son travail, nous avons pris le métro à Laval et sommes sortis à la station Mont-Royal.  Son boulot est au-dessus du métro McGill, près de 4 kilomètres plus loin, mais elle aussi aime marcher.  Pourquoi pas?

Au coin de l’avenue McGill College et de la rue Sherbrooke, une statue me rappelle que Steve Jobs est décédé depuis déjà 6 ans!

   

 

Montant la rue McTavish, je n’ai pu résister prendre un cliché à travers un cadre promotionnel de la ville.

En approchant l’avenue des Pins (5 km), on y découvre le parc Rutherford, une magnifique aire multisports avec le centre-ville en toile de fond.

Puis de l’extrémité nord de la rue Peel j’ai pris le sentier rejoignant le chemin Olmstead dans la montagne, pour me rendre au pavillon du Lac aux Castors, où j’en ai profité pour y faire le vide (…).

Autour du lac, ne trouvant aucun castor, j’ai dû me rabattre sur quelques canards faisant la toilette dans une petite cascade.

 

Ayant entendu à la radio la récente nouvelle que le stationnement jouxtant le pavillon était sévèrement amputé pendant des semaines pour les besoins d’un tournage, j’ai vérifié et je peux officiellement vous le confirmer: le stationnement jouxtant le pavillon est sévèrement amputé pour les besoins d’un tournage!

En descendant la voie Camillien-Houde, j’ai presque buté sur une marmorte.  Certains s’exclameront ici, invoquant une faute d’épellation.  Mais voyez-vous,  dire une “marmotte morte“ (répétez ça rapidement) fait un peu étrange, alors pourquoi ne pas simplifier ça, me dis-je?  D’ailleurs n’eût été sa malencontreuse idée de tenter de traverser le chemin et se faire frapper, ce paragraphe n’aurait pas été écrit.

Suit une pause au Belvédère Camillien-Houde, où j’ai pris un cliché du Sade Olympique (aucune excuse, c’est bien une faute de frappe), que j’hésitais à partager, because la forte humidité.

Finalement, c’est le retour, cette fois au métro Beaubien, avec cet art mural en face rappelant quelques souvenirs du siècle dernier.

Un beau p’tit 15 km agréable, parcouru en trois heures.

Nécro-Flash 07-11: Favreau, l’éphémère

1967. Sa nomination au poste de juge à la cour supérieure du Québec ne datant d’à peine 85 jours, l’Honorable Guy Favreau décède en ce jour, à l’âge de 50 ans.

Préalablement élu député dans la circonscription fédérale de Papineau (bien oui, celle de Justin) sous la bannière libérale de Lester B. Pearson en 1963, il sera, brièvement et successivement, ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, ministre de la Justice, puis président du Conseil privé.

En son honneur, l’édifice gouvernemental abritant entre autres les bureaux de différents ministères fédéraux (ainsi qu’un YMCA ayant fait récemment les manchettes pour difficultés liées à une forte hausse de loyer) au 200 boulevard René-Lévesque à Montréal, porte son nom.

  

On note que son passage au ministère de la Justice aura malencontreusement été écourté, en marge des retombées de l’évasion spectaculaire de Lucien Rivard de la prison de Bordeaux. À propos, ne pourrait-on pas rebaptiser ce vénérable pensionnat, le complexe Lucien-Rivard?

Tiradentes

1792. Si les aspirations séparatistes de Joaquim José da Silva Xavier sont enfin exaucées, le dénouement n’est certainement pas ce qu’il avait envisagé. En effet, suite à sa pendaison, il est écartelé, puis exposé en pièces détachées à Ouro Preto. Pour la souveraineté du Brésil, il faudra repasser.

Quelques années plus tôt, frustré par la gestion coloniale et les pressions fiscales grandissantes de la couronne portugaise sur le Brésil, il organise avec des notables locaux, dont des membres du clergé, des poètes et des militaires, un mouvement de révolte indépendantiste, la conjuration Mineira, ou Inconfidência Mineira.  À peine le mouvement est-il initié, qu’une trahison causera l’arrestation et l’emprisonnement de tout le groupe.

 

Joaquim José da Silva Xavier, qu’on surnomme affectueusement Tiradentes, un clin d’œil à ses talents de dentiste à une époque où la dentisterie n’inclura pas encore des actes tels obturations, traitements de canal et détartrage (on devine donc où sera son expertise), acceptera l’entière responsabilité de la conspiration, épargnant ainsi ses compagnons de la peine capitale.

On fête aujourd’hui la mémoire de ce rebelle martyr qui rêvait d’imiter, pour le pays de la samba, l’affranchissement des colonies anglaises d’Amérique.

   

Qu’ont en commun Tiradentes et Élisabeth II?  En plus d’avoir tous deux leurs visages sur de la monnaie, ce 21 avril marque le départ du premier, coïncidant avec l’arrivée de la IIe.  Elle souffle d’ailleurs ses 91 chandelles.  Happy Birthday, Liz!

Tiens, 21:91, n’y aurait-il pas là une mystérieuse symbolique à la Luc Dionne?…

de liaisons et d’expulsions

1911. C’est un grand jour pour Pierre Prier, alors qu’il accomplit aujourd’hui le premier vol Londres-Paris sans escale. Le directeur de l’école de pilotage Blériot de Londres, prenant place à bord d’un monoplan Blériot propulsé par un moteur Gnome de 50 chevaux, franchira la distance, à vol d’oiseau, de 344 kilomètres en 3 heures et 56 minutes.

À son arrivée sur le terrain d’aviation d’Issy-les-Moulineaux, on imagine des témoins pouvant affirmer l’avoir vu se précipiter vers les cabinets,  répétant ”I have to go…, I have to go…” Un moment historique.

2017. Un siècle et des poussières plus tard, la compagnie United Airlines est dans l’embarras depuis l’incident, quelques jours plus tôt à Chicago, impliquant un passager expulsé de force du vol 3411, avant l’envolée bien sûr, en destination de Louisville, au Kentucky.

Avec le délai, l’appareil, un Embraer* E170 propulsé par 2 réacteurs GE CF34-8E de 64 kN aura pris autant de temps pour couvrir la distance, à vol d’oiseau, d’à peine 430 km.

Gagnant (ou victime) de la populaire loterie de type overbooking organisée par les compagnies aériennes, le passager récalcitrant aura quand même réussi à revenir momentanément dans l’appareil, courant dans l’allée, répétant ”I have to go home, I have to go home” avant son éviction définitive.  Un moment hystérique.

*pour cette fois, un compétiteur reconnu comme fleuron de l’aérospatiale canadienne sera épargné de la controverse, pfiou!

En direct de la pouponnière 04-04

1846. À Genève, Auguste Pictet et sa charmante épouse Julie-Cécile de Bock sont fiers d’annoncer l’arrivée du petit Raoul, futur physicien.

Pionnier de la réfrigération, Raoul Pictet sera le premier à obtenir la liquéfaction de l’azote et de l’oxygène en combinant haute pression et basse température.  Qui sait, sans lui, un certain Frank Zamboni ne serait probablement pas devenu célèbre… On crie au génie? (…)

1913. Après le cardinal Paul-Émile Léger, le déluge? Presque, mais pas tout à fait, alors qu’arrive à Saint-Anicet le p’tit dernier de la fratrie, Jules.

Moins flamboyant que son célèbre frère, Jules passera du journalisme et l’enseignement à une belle carrière diplomatique, culminant en 1974 avec sa nomination au poste de gouverneur général de Canada.  Dans son rôle d’ambassadeur du Canada en France de 1964 à 1968, il aura eu à gérer la relation cryogénique entre Ottawa et Paris, suite à la célèbre déclaration ‘’Vive le Québec libre’’ du non moins flamboyant Charles de Gaulle, lors de sa visite à Montréal dans le cadre d’Expo 67.

Victime d’un AVC dès les premiers mois de son mandat comme 21e gouverneur général du Canada, il parviendra malgré tout, avec l’aide de son épouse Gabrielle, à le mener à terme.

1916. Fraîchement atterri dans une pouponnière de Denver, souhaitons la bienvenue à David White, futur comédien.

On* se souviendra principalement de sa contribution dans le rôle d’Alfred (Larry) Tate, l’envahissant patron de Jean-Pierre (Darrin) Stephens, dans la populaire série Ma sorcière bien-aimée (Bewitched).  Pour la trivialité, notons qu’à son décès (infarctus) en 1990, David White ira rejoindre, au Hollywood Forever Cemetery, son fils Jonathan.  Ce dernier aura été parmi les 270 victimes, deux ans plus tôt, de l’attentat terroriste du vol 103 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Écosse.

*l’utilisation du pronom ‘’on’’ identifie un peu les abonnés de la chaîne sur demande Prise 2, mais surtout les distingués membres du baby-boom, donc nés entre 1945 et 1964

de décrets et de couleurs

1492. À l’Alhambra de Grenade, Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon signent l’édit d’expulsion des juifs de la péninsule Ibérique. Suite à la victoire sur les musulmans, le ‘’très catholique’’ couple royal signifiera à la communauté juive à son tour qu’elle n’est pas tout à fait appréciée dans les Espagnes médiévales.
La reproduction du document est plutôt ardue à lire, c’est pourquoi je vous en livre ici un bref extrait : ‘’…nous avons décidé d’ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner…à date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens…’’.

Au moins, l’avis d’éviction leur accordera quatre mois de délais.  Par contre, il ne faudra pas compter sur les Apollinairois (parbleu! c’est à peine à un jet de pierre de la bucolique municipalité de Saint-Gilles, où mon p’tit frère y occupe un lot gazonné) pour accueillir les fautifs pour leur repos éternel.  Vous aurais-je perdu dans le récit?  Pardonnez cette déviation de contexte; c’est la faute de la petite voix dans ma tête…

 

Or, contrairement au sort réservé à un apprenti monarque des Amériques modernes, qui ne cesse d’être bafoué d’un édit exécutif (pourtant bien présenté dans un magnifique cartable d’allure présidentielle, incluant un résumé de son électrocardiogramme) à l’autre, Belle & Fern, eux, n’auront pas été importunés par la résistance issue de leur propre establishment juridique.

Pour la culture, on pourrait comparer l’Alhambra, ou ‘’la rouge’’ à la Maison-Blanche de Washington, deux sièges du pouvoir d’époques différentes.  Donald pourrait-il considérer faire repeindre son palais aux couleurs de celui d’Andalousie?  À bien y penser, ça ne serait pas génial, car sa chevelure risquerait de se perdre dans le décor.

  

Yabba-dabba Deuil, Bill Hanna

2001. C’est à l’âge de 90 ans que nous quitte aujourd’hui William Denby ‘’Bill’’ Hanna, cofondateur du géant de l’animation Hanna-Barbera Productions.

Avec Joseph Barbera, un collègue illustrateur chez MGM, il créera Tom et Jerry, un dessin animé qui fera fureur dans les années 40 et 50, remportant plusieurs Oscars dans la catégorie court métrage d’animation.

Malgré la popularité de Tom et Jerry, la profitabilité de la division de l’animation de MGM bat de l’aile; pas de problème, on ferme le studio, jetant du jour au lendemain tous ses artisans au chômage.

Ce sera le coup de pied providentiel pour les deux artistes de sortir de l’ombre et fonder leur propre boîte, d’où émergeront plusieurs grands classiques de l’animation à la télé, tels Roquet belles oreilles (LE RBO original), Yogi l’ours, Les Pierrafeu et bien d’autres.

     

Que de beaux souvenirs!

À bien y penser, le tandem Fred Caillou et Arthur Laroche aurait pu se lancer en politique…

   

Jan the Sole Man

1883. Le brevet #274,207 est octroyé aujourd’hui à Jan E. Matzeliger pour sa machine à assembler le dessus d’un soulier à sa semelle, révolutionnant ainsi l’industrie de la chaussure en Nouvelle-Angleterre. D’une cadence de fabrication en mode artisanal de 50 paires de chaussures par quart de 10 heures de travail pour un assembleur expérimenté, cette invention permettra de la faire passer à 700 paires. Par conséquent, les prix chuteront et l’accessibilité deviendra universelle pour les pieds d’Amérique.  Il n’y aura pas que des heureux dans cette histoire, car la conception de cette machine, un tour de force considéré impensable à l’époque, viendra éliminer la chasse gardée d’un groupe d’artisans spécialisés qui jusqu’à ce moment, pouvaient se permettre d’imposer leurs conditions à l’employeur.

Le pauvre Jan ne pourra jouir longtemps de son succès, succombant à la tuberculose six ans plus tard, à peine quelques semaines avant son 37e anniversaire.  Because les considérations raciales, la reconnaissance viendra sur le tard pour le mulâtre originaire de la Guyane néerlandaise, aujourd’hui le Surinam.  Si l’on connaît bien ici l’expression des bottines qui suivent les babines, on pourra affirmer que dans le cas Jan E. Matzeliger, ce sont plutôt les babines qui auront tardé à suivre les bottines

Nécro-Flash 03-16: Carnot

1888. À l’âge de 86 ans s’éteint l’homme politique et historien français Lazare Hippolyte Carnot. Pourquoi lui, me demanderiez-vous? Voilà, ce nom évoque chez le chroniqueur le souvenir de beaux séjours dans un hôtel sur l’avenue Carnot, aux limites du 17e arrondissement, à un jet de pierre de l’Arc de Triomphe.

 

Or, je dois vite me rendre à l’évidence qu’il y a méprise sur la personne, car la toponymie parisienne fait plutôt référence au général Lazare Nicolas Marguerite Carnot, dit ‘’Le grand Carnot’’, cosignataire du vote de l’exécution de Louis XVI pendant la Révolution, puis acteur d’envergure dans les guerres napoléoniennes.  On me pardonnera sûrement cette petite erreur, malgré l’important décalage dans l’ampleur de la contribution historique des deux personnages, puisque le premier est le fils de l’autre.  Que voulez-vous, c’est Hippolyte qui est décédé aujourd’hui, pas Lazare.

    

Tiens, se pourrait-il qu’un accessoire vestimentaire du grand Carnot ait inspiré le p’tit Nadeau-Dubois et ses amis printaniers?