Le président fou

1920. Hélas les amis, malgré le titre de cette chronique, il n’est pas question ici du présent occupant de la Maison-Blanche. L’évènement du jour appartient plutôt à un coloré (bien malgré lui), mais éphémère président de la République française, Paul Deschanel.

Dans le train de nuit qui doit le mener à Montbrison pour y inaugurer un monument de guerre, monsieur le Président se retire dans son wagon-couchette pour dormir.  La chaleur insupportable empêchant, malgré la prise de somnifères, le premier magistrat de s’assoupir, ce dernier décidera d’ouvrir la fenêtre pour enfin respirer.  La somnolence aidant, le pauvre homme culbute par la fenêtre du train en mouvement sans que son entourage s’en aperçoive, du moins pas avant 7 heures le lendemain matin.  Malgré sa chute, les blessures ne seront que superficielles.

Faisant l’inspection des rails aux petites heures du matin, André Radeau arrive face à face avec un homme qu’il croit être ivre, en pyjama, ensanglanté et pieds nus, affirmant, en prime, être le président de la République.  Sceptique, le cheminot guide l’étrange personnage vers la maison du garde-barrière où on alertera la gendarmerie après l’avoir soigné et mis au lit.

Si cet incident, probablement dû au syndrome d’Elpénor, s’avère sans grande conséquence physique pour l’homme, c’est une tout autre histoire pour le politique.  Victime de dépression et de crises d’angoisse, sa condition mentale déjà considérée suspecte, il n’en faut donc pas plus, surtout pour ses ennemis, de s’acharner sur lui.

On lui attribuera des frasques telles que d’avoir reçu un ambassadeur nu (lui, pas l’ambassadeur), d’avoir servi en rappel le même discours à Nice, mot pour mot, suite à l’accueil enthousiaste de la foule, d’avoir tenté de pêcher des carpes à mains nues dans le bassin de la résidence officielle, ou encore d’avoir signé Vercingétorix ou Napoléon sur des documents et autres niaiseries…  Sûrement des ouï-dire, car non vérifiables pour la plupart.  À peine au pouvoir depuis janvier, il remettra sa démission en septembre de la même année.

Et plusieurs prient sûrement à un remake de l’incident, cette fois à bord de l’appareil Air Force One…

Dégât des eaux

1926. En construction depuis 2 ans dans le canyon de San Francisquito, à environ 64 km au nord-ouest de Los Angeles, le barrage hydraulique de St Francis commence à se remplir. Conçu par William Mulholland, l’ingénieur autodidacte et chef du Board of Water Works and Supply de la ville de Los Angeles, ce barrage assurera l’alimentation en eau de cette agglomération en forte croissance.

1928. Suite à l’appel de Tony Harnischfeger, le gardien du barrage, Mulholland et son second, Harvey Van Norman vont faire l’inspection, vers l’heure du lunch, d’une fuite à la base de l’ouvrage et concluent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Or le même soir, quelques minutes avant minuit, moment où l’insomniaque gardien serait retourné faire une ronde d’inspection, le barrage St Francis cède. Au lieu d’arracher la page du 12 mars de son calendrier, le pauvre Harnischfeger sera la première de plus de 400 victimes emportées par les eaux.

Évalué au point de départ à environ 43 mètres de haut et avançant à une vitesse de 29 km/h, la colonne de 47 milliards de litres d’eau se frayera un chemin culminant 87 km et 5:30 heures plus tard près de la ville côtière de Ventura.  À cet endroit, la vague aura considérablement diminué de hauteur mais atteint une largeur de près de 3 km, déversant débris et victimes dans un flot d’une vitesse de 9 km/h se jetant dans l’océan Pacifique.  Certains corps seront retrouvés au-delà de la frontière mexicaine.

Au palmarès des pires catastrophes de l’histoire de la Californie, seul le tremblement de terre de San Francisco (1906) aura causé le plus de pertes de vies.  Les enquêtes concluront à une surestimation de la solidité du sol au pied du barrage, causant sa rupture. Mulholland acceptera l’entière responsabilité pour le désastre.

À mon habitude, je parviens à faire un lien humoristique (ou presque) dans mes chroniques avec les évènements du jour.  Aujourd’hui, pffff.

Tiens, un flash de dernière seconde: Evan Baxter, dit le Tout-puissant, aurait pu y faire toute une cascade à bord de sa grande arche.

Excusez-le…

Grillade japonaise, ou la nuit de la neige noire

1945. Dans la nuit du 9 au 10 mars, une armada de 339 appareils B-29 Superfortress, déployée sous le nom de code ‘’Opération Meetinghouse’’, largue pas moins de 1,667 tonnes de bombes incendiaires sur la zone résidentielle densément peuplée de la ville de Tokyo.

De par l’étendue des dégâts et des victimes (+/- 100K morts et 1M sans abris), ce raid sur Tokyo sera considéré comme étant le plus meurtrier de la Deuxième Guerre mondiale, n’en déplaise aux villes de Nagasaki et Hiroshima, toutes deux ‘’récipiendaires’’ de bombes atomiques quelques mois plus tard.  On conviendra que le carnage occasionné par une bombe atomique solitaire et son nuage en forme de champignon frappe davantage l’imaginaire qu’un vulgaire largage d’environ 120 000 bombes en une nuit, pour un résultat à peu près équivalent.

Il faut souligner ici le leadership du général Curtis LeMay, l’architecte des trois évènements ci-dessus, qui aurait déclaré avoir ‘’brûlé, bouilli et cuit à mort’’* des milliers de Japonais.  De ce sympathique personnage on peut également citer des perles telles que ‘’si nous en tuons suffisamment, ils cesseront de se battre’’,  ‘’j’imagine que si nous avions perdu, nous aurions tous été poursuivis pour crimes de guerre’’, puis celle-ci destinée aux Nord-Vietnamiens, ‘’…nous allons les bombarder jusqu’à l’âge de pierre’’.

Dommage que l’impitoyable général soit passé dans une autre dimension, car le président Donald, celui au plus gros bouton nucléaire (et riche en tous superlatifs confondus) l’aurait A-D-O-R-É à ses côtés!…

*Libération

Houston

1793. À Rockbridge County, dans l’État de la Virginie, la cigogne comble aujourd’hui le major Samuel Houston et son épouse Elizabeth Paxton avec la livraison de Sam, leur 5e fils. Le p’tit connaîtra un glorieux parcours.

1836. En pleine révolution texane, alors que le fort Alamo est assiégé, c’est jour de signature à Washington-on-the-Brazos de la déclaration d’indépendance du Texas vis-à-vis le Mexique, un document rédigé hâtivement, comptant Sam Houston (le jour de sa fête) parmi la soixantaine de signataires.

Ça ne met pas un terme immédiat aux hostilités, puisque les mexicains du méchant général Antonio Lopez de Santa Anna massacreront John Wayne et ses insoumis au fort Alamo quelques jours plus tard.

Or, le général Sam Houston assurera la revanche le mois suivant à la bataille de San Jacinto (22 avril 1836), une escarmouche éclair de 18 minutes où il surprendra les forces de Santa Anna en pleine sieste.

Sam Houston sera un des présidents de la courte histoire de la république du Texas, puis éventuellement le gouverneur de l’état du Texas, suite à son annexion au sein des États-Unis.

2018. Les rumeurs courent à l’effet que Houston pourrait être la prochaine ville, après Seattle, à se voir octroyer une franchise de la LNH. Peut-être que PKP pourrait s’inspirer de Sam Houston, style proclamer l’indépendance du Québec, puis se laisser annexer par les USA, devenir le gouverneur du Québec, pour enfin convaincre monsieur Bettman de considérer la candidature des Nordiques?…

297 jours…

Le fâcheux destin de l’Essex, ou comment apprécier de bons camarades avec pas de sauce.

1820. En totale rupture avec le scénario classique, l’Essex, un baleinier américain de 27 mètres est attaqué par un énorme cachalot et sombre au beau milieu du Pacifique, à quelque 3 700 km à l’ouest des côtes de l’Amérique du Sud.

Les vingt membres de l’équipage s’en tirent et se répartissent, avec leurs maigres vivres et instruments, dans trois baleinières, des chaloupes d’environ 6 à 9 mètres de long.

Le capitaine George Pollard veut mettre le cap vers les îles Marquises, les plus proches connues malgré la distance de 1 900 km à parcourir.  Or son premier maître, Owen Chase et d’autres matelots, inquiets par les rumeurs de cannibalisme chez les indigènes de ces îles polynésiennes, vont le convaincre de se diriger plutôt vers les côtes de l’Amérique.  Pour ce faire, ils devront descendre environ 1 600 km vers le sud, puis bifurquer vers l’est en tirant avantage des vents d’ouest, vers une destination quand même évaluée à environ 4 800 km plus loin.

Je vous épargne les détails de cette longue balade de près de 90 jours où, ironiquement, comme dans la populaire chanson ‘’Il était un petit navire’’, les 8 survivants auraient découvert les avantages de se sustenter sur les dépouilles de collègues, sans sauce, pour eux-mêmes se sauver.

Trente ans plus tard, Herman Melville s’inspirera en partie du récit d’Owen Chase, intitulé ‘’Narrative of the Most Extraordinary and Distressing Shipwreck of the Whale-Ship Essex’’ pour pondre son chef-d’œuvre ‘’Moby-Dick’’.  Ohé! Ohé!

Déambulation montréalaise – Jobs et la marmotre

J’adore marcher et découvrir des quartiers, que ce soit dans les Basses Laurentides, Laval ou Montréal.  La journée s’annonçant splendide et n’ayant pas fait de promenades depuis une semaine, il ne fallait pas manquer l’occasion d’aller déambuler.

Donc ce matin, destination Montréal, ville que j’ai longtemps adoré haïr, du moins jusqu’à ce que j’aie compris qu’il fallait laisser sa voiture dans le 450 pour apprécier.

Voici l’itinéraire de la matinée.

Accompagnant ma chérie à son travail, nous avons pris le métro à Laval et sommes sortis à la station Mont-Royal.  Son boulot est au-dessus du métro McGill, près de 4 kilomètres plus loin, mais elle aussi aime marcher.  Pourquoi pas?

Au coin de l’avenue McGill College et de la rue Sherbrooke, une statue me rappelle que Steve Jobs est décédé depuis déjà 6 ans!

   

 

Montant la rue McTavish, je n’ai pu résister prendre un cliché à travers un cadre promotionnel de la ville.

En approchant l’avenue des Pins (5 km), on y découvre le parc Rutherford, une magnifique aire multisports avec le centre-ville en toile de fond.

Puis de l’extrémité nord de la rue Peel j’ai pris le sentier rejoignant le chemin Olmstead dans la montagne, pour me rendre au pavillon du Lac aux Castors, où j’en ai profité pour y faire le vide (…).

Autour du lac, ne trouvant aucun castor, j’ai dû me rabattre sur quelques canards faisant la toilette dans une petite cascade.

 

Ayant entendu à la radio la récente nouvelle que le stationnement jouxtant le pavillon était sévèrement amputé pendant des semaines pour les besoins d’un tournage, j’ai vérifié et je peux officiellement vous le confirmer: le stationnement jouxtant le pavillon est sévèrement amputé pour les besoins d’un tournage!

En descendant la voie Camillien-Houde, j’ai presque buté sur une marmorte.  Certains s’exclameront ici, invoquant une faute d’épellation.  Mais voyez-vous,  dire une “marmotte morte“ (répétez ça rapidement) fait un peu étrange, alors pourquoi ne pas simplifier ça, me dis-je?  D’ailleurs n’eût été sa malencontreuse idée de tenter de traverser le chemin et se faire frapper, ce paragraphe n’aurait pas été écrit.

Suit une pause au Belvédère Camillien-Houde, où j’ai pris un cliché du Sade Olympique (aucune excuse, c’est bien une faute de frappe), que j’hésitais à partager, because la forte humidité.

Finalement, c’est le retour, cette fois au métro Beaubien, avec cet art mural en face rappelant quelques souvenirs du siècle dernier.

Un beau p’tit 15 km agréable, parcouru en trois heures.

Nécro-Flash 07-11: Favreau, l’éphémère

1967. Sa nomination au poste de juge à la cour supérieure du Québec ne datant d’à peine 85 jours, l’Honorable Guy Favreau décède en ce jour, à l’âge de 50 ans.

Préalablement élu député dans la circonscription fédérale de Papineau (bien oui, celle de Justin) sous la bannière libérale de Lester B. Pearson en 1963, il sera, brièvement et successivement, ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, ministre de la Justice, puis président du Conseil privé.

En son honneur, l’édifice gouvernemental abritant entre autres les bureaux de différents ministères fédéraux (ainsi qu’un YMCA ayant fait récemment les manchettes pour difficultés liées à une forte hausse de loyer) au 200 boulevard René-Lévesque à Montréal, porte son nom.

  

On note que son passage au ministère de la Justice aura malencontreusement été écourté, en marge des retombées de l’évasion spectaculaire de Lucien Rivard de la prison de Bordeaux. À propos, ne pourrait-on pas rebaptiser ce vénérable pensionnat, le complexe Lucien-Rivard?

Tiradentes

1792. Si les aspirations séparatistes de Joaquim José da Silva Xavier sont enfin exaucées, le dénouement n’est certainement pas ce qu’il avait envisagé. En effet, suite à sa pendaison, il est écartelé, puis exposé en pièces détachées à Ouro Preto. Pour la souveraineté du Brésil, il faudra repasser.

Quelques années plus tôt, frustré par la gestion coloniale et les pressions fiscales grandissantes de la couronne portugaise sur le Brésil, il organise avec des notables locaux, dont des membres du clergé, des poètes et des militaires, un mouvement de révolte indépendantiste, la conjuration Mineira, ou Inconfidência Mineira.  À peine le mouvement est-il initié, qu’une trahison causera l’arrestation et l’emprisonnement de tout le groupe.

 

Joaquim José da Silva Xavier, qu’on surnomme affectueusement Tiradentes, un clin d’œil à ses talents de dentiste à une époque où la dentisterie n’inclura pas encore des actes tels obturations, traitements de canal et détartrage (on devine donc où sera son expertise), acceptera l’entière responsabilité de la conspiration, épargnant ainsi ses compagnons de la peine capitale.

On fête aujourd’hui la mémoire de ce rebelle martyr qui rêvait d’imiter, pour le pays de la samba, l’affranchissement des colonies anglaises d’Amérique.

   

Qu’ont en commun Tiradentes et Élisabeth II?  En plus d’avoir tous deux leurs visages sur de la monnaie, ce 21 avril marque le départ du premier, coïncidant avec l’arrivée de la IIe.  Elle souffle d’ailleurs ses 91 chandelles.  Happy Birthday, Liz!

Tiens, 21:91, n’y aurait-il pas là une mystérieuse symbolique à la Luc Dionne?…

de liaisons et d’expulsions

1911. C’est un grand jour pour Pierre Prier, alors qu’il accomplit aujourd’hui le premier vol Londres-Paris sans escale. Le directeur de l’école de pilotage Blériot de Londres, prenant place à bord d’un monoplan Blériot propulsé par un moteur Gnome de 50 chevaux, franchira la distance, à vol d’oiseau, de 344 kilomètres en 3 heures et 56 minutes.

À son arrivée sur le terrain d’aviation d’Issy-les-Moulineaux, on imagine des témoins pouvant affirmer l’avoir vu se précipiter vers les cabinets,  répétant ”I have to go…, I have to go…” Un moment historique.

2017. Un siècle et des poussières plus tard, la compagnie United Airlines est dans l’embarras depuis l’incident, quelques jours plus tôt à Chicago, impliquant un passager expulsé de force du vol 3411, avant l’envolée bien sûr, en destination de Louisville, au Kentucky.

Avec le délai, l’appareil, un Embraer* E170 propulsé par 2 réacteurs GE CF34-8E de 64 kN aura pris autant de temps pour couvrir la distance, à vol d’oiseau, d’à peine 430 km.

Gagnant (ou victime) de la populaire loterie de type overbooking organisée par les compagnies aériennes, le passager récalcitrant aura quand même réussi à revenir momentanément dans l’appareil, courant dans l’allée, répétant ”I have to go home, I have to go home” avant son éviction définitive.  Un moment hystérique.

*pour cette fois, un compétiteur reconnu comme fleuron de l’aérospatiale canadienne sera épargné de la controverse, pfiou!

En direct de la pouponnière 04-04

1846. À Genève, Auguste Pictet et sa charmante épouse Julie-Cécile de Bock sont fiers d’annoncer l’arrivée du petit Raoul, futur physicien.

Pionnier de la réfrigération, Raoul Pictet sera le premier à obtenir la liquéfaction de l’azote et de l’oxygène en combinant haute pression et basse température.  Qui sait, sans lui, un certain Frank Zamboni ne serait probablement pas devenu célèbre… On crie au génie? (…)

1913. Après le cardinal Paul-Émile Léger, le déluge? Presque, mais pas tout à fait, alors qu’arrive à Saint-Anicet le p’tit dernier de la fratrie, Jules.

Moins flamboyant que son célèbre frère, Jules passera du journalisme et l’enseignement à une belle carrière diplomatique, culminant en 1974 avec sa nomination au poste de gouverneur général de Canada.  Dans son rôle d’ambassadeur du Canada en France de 1964 à 1968, il aura eu à gérer la relation cryogénique entre Ottawa et Paris, suite à la célèbre déclaration ‘’Vive le Québec libre’’ du non moins flamboyant Charles de Gaulle, lors de sa visite à Montréal dans le cadre d’Expo 67.

Victime d’un AVC dès les premiers mois de son mandat comme 21e gouverneur général du Canada, il parviendra malgré tout, avec l’aide de son épouse Gabrielle, à le mener à terme.

1916. Fraîchement atterri dans une pouponnière de Denver, souhaitons la bienvenue à David White, futur comédien.

On* se souviendra principalement de sa contribution dans le rôle d’Alfred (Larry) Tate, l’envahissant patron de Jean-Pierre (Darrin) Stephens, dans la populaire série Ma sorcière bien-aimée (Bewitched).  Pour la trivialité, notons qu’à son décès (infarctus) en 1990, David White ira rejoindre, au Hollywood Forever Cemetery, son fils Jonathan.  Ce dernier aura été parmi les 270 victimes, deux ans plus tôt, de l’attentat terroriste du vol 103 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie, en Écosse.

*l’utilisation du pronom ‘’on’’ identifie un peu les abonnés de la chaîne sur demande Prise 2, mais surtout les distingués membres du baby-boom, donc nés entre 1945 et 1964