Synodus Horrenda, Formose, Étienne VI

897. Pour débuter cet an de grâce 2015, quoi de mieux que la petite histoire d’un concile cadavérique, ou Synodus Horrenda? Cœurs sensibles, vous abstenir. Les carrières à la tête de l’Église catholique n’ont pas toujours été de tout repos, des fois même très brèves, comme en témoigne la succession de pas moins de 6 papes entre avril 896 et janvier 898, soit une période de 21 mois.  Le tout commence avec Formose, qui aura été en poste de juin 891 à avril 896.

220px-Pope_Formosus

Ayant préalablement éprouvé quelques difficultés (incluant une menace d’excommunion) avec l’establishment (pas nécessairement saint) de Rome, il accèdera quand même au poste.  Durant son règne, il consacre, sous pression politique, Lambert, fils de Guy de Spolète, Empereur d’Occident.  Au décès de Guy, Formose se tourne plutôt vers Arnulf de Carinthie, un concurrent et descendant de Charlemagne, pour la succession au trône de l’Empire, au détriment de Lambert, s’attirant ainsi l’ire du clan Spolétain.

Formose décède en avril 896 et est remplacé par Boniface VI, qui succombera à peine 15 jours plus tard, victime de la goutte, du moins selon la version officielle.  Vient ensuite Étienne VI, un allié du clan de de Spolète.  Par vengeance (et encouragé par Ageltrude, la veuve de Guy de Spolète), Étienne ordonne en janvier 897 le procès posthume de Formose.

Le pape Formose et son accusateur, Etienne VI Toile de Jean-Paul Laurens

Ce dernier est exhumé, habillé du costume pontifical et installé sur le siège papal. Déjà mort depuis huit mois, le pauvre Formose n’est pas en état pour se défendre, devant un synode d’évêques romains, de l’accusation d’avoir court-circuité un prérequis pour devenir pape, soit de ne pas avoir été lui-même évêque de Rome.  Reconnu indigne du titre – il en reste d’ailleurs bouche bée – on annule tous les actes et ordres conférés durant son pontificat.  On lui arrache ses vêtements pontificaux, les trois doigts ayant servi pour les consécrations sont sectionnés et le reste de la dépouille est jetée dans une fosse commune.  De toute évidence non satisfait, Étienne VI fait exhumer encore le pauvre Formose et le fait lancer dans le Tibre.

Formose n’aura pas eu que des ennemis, car le bon peuple, outré de la conduite d’Étienne envers son prédécesseur, se soulève; le méchant pape sera étranglé lors d’une émeute populaire le mois d’août suivant.

Au siège papal suivront Romain, qui disparaîtra trois mois plus tard, probablement dans un monastère, puis Théodore II, mort 20 jours après son entrée en fonction (probablement assassiné), puis enfin Jean IX, en janvier 898.  Ce dernier ramènera un peu de stabilité à Rome, réussissant à tenir le poste durant deux ans, période durant laquelle il réhabilitera Formose, son corps itou, ayant été repêché des eaux dans un filet de pêche.

Vos décorations sont déjà rangées?  C’est avec grand bonheur que je vous rappelle que le compte à rebours pour Noël est déjà lancé : 353 jours!

Souhaitons bonne fête à Umberto Eco, Diane Keaton, Joe Juneau et Sophie Aubin!

Vous m’avez manqué…