D’intolérances et de mines basses

1762. Fin de vie atrocement douloureuse pour Jean Calas, riche marchand d’étoffe toulousain, sur qui la ‘’justice’’ s’acharne dans la cause de la mort suspecte d’un de ses fils, Marc-Antoine. Ce dernier est retrouvé pendu dans la maison. Les médecins mandés sur la scène constatent les traces d’une double strangulation, donc la thèse du meurtre l’emporte sur celle du  suicide.  Les autres occupants présents dans la maison au moment du drame sont accusés.  Après quelques jours d’interrogatoire, Jean Calas avoue avoir détaché son fils, pour éviter le sort, pas très joli, réservé aux suicidés; en effet, le corps d’un suicidé est habituellement traîné par un cheval à travers la ville, face au sol, puis lancé aux ordures.  Or, il est incapable de détourner la suspicion du procureur.  À court d’autres suspects, Calas est considéré être le meurtrier.

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Huguenot, il semble écoper de la vive intolérance qu’éprouve la majorité catholique française vis-à-vis la minorité protestante.  Son autre fils s’étant converti au catholicisme, des rumeurs courent à l’effet que Marc-Antoine était sur le point de l’imiter.  Voilà un bon prétexte pour un méchant protestant d’assassiner son fils.  Fautes de preuves, on le soumet donc à la question.  La dite question est en fait de la torture, mais Calas maintient son innocence.  On le condamne (toujours sans preuves) à être rompu vif (le gentil processus de lui casser les membres), à être exposé deux heures sur une roue, ensuite étranglé, pour être finalement jeté sur un bûcher pour être brulé, le tout devant public.  Puis on traite les djihadistes de barbares…

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Un autre fils de Jean Calais, Pierre, banni à perpétuité et exilé à Genève, rencontrera Voltaire et le convaincra de l’injustice subie par son père.  Voltaire publiera le Traité sur la Tolérance et aidera la famille à réhabiliter Jean Calais, à titre posthume.

Environ un siècle plus tard, un autre auteur connu s’élèvera contre une injustice basée sur l’intolérance religieuse, cette fois antisémite.  Émile Zola, le père de la série des Rougon-Macquart, publiera son pamphlet J’Accuse, venant à la défense du capitaine Dreyfus.

1906. À 6h34 ce samedi matin, un coup de grisou dans une mine de charbon, dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, est à l’origine d’un coup de poussier, ou l’ignition spontanée de fine poussière de carbone hautement inflammable, semant la dévastation dans 110 kilomètres de galeries, à plus de 300 mètres de profondeur. Le bilan sera cruellement meurtrier, fauchant un total de 1099 mineurs.  C’est la catastrophe des mines de Courrières.

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Les dommages sont d’une telle ampleur que les puits, déformés ou encombrés par les débris, gêneront l’accès des équipes de sauvetage aux galeries inférieures.  Les recherches pour des survivants cesseront 3 jours plus tard, au grand désarroi des familles des disparus.  On accuse les autorités de prioriser la sécurité de la mine, au détriment des mineurs eux-mêmes.  La situation tournera en crise politique et sociale lorsque treize rescapés y sortiront le 30 mars, soit 20 jours après l’explosion, puis un dernier, quatre jours plus tard.  Un mouvement de grève pour une amélioration des conditions de sécurité et salariale, mobilisant plus de 60 000 ouvriers, suivra.  Dans la foulée, une loi sera adoptée en France, rendant le repos hebdomadaire, d’au moins 24 heures consécutives,  obligatoire.

La vie dans les mines aura été bien illustrée par Émile Zola, encore lui, dans son roman Germinal, publié 20 ans plus tôt.  Ici, on attend toujours les promesses du Plan Nord…

Dernière heure!  On apprend qu’un ex militaire canadien frustré veut remettre ses médailles.  En effet, M. Desfossés se dit dégoutté.  Peut-on ajouter qu’il se tient de boue, mais est aussi à boue?  S’cusez-le…