Enguerrand

1315. Triste fin aujourd’hui pour Enguerrand de Marigny, chambellan et ministre du roi Philippe IV, dit le Bel, alors qu’il est exécuté par pendaison pour sorcellerie. On a beau être considéré comme le bras droit d’un puissant monarque, mais lorsque celui-ci disparaît, ledit bras, dorénavant orphelin du reste du corps, donc sans support, devient rapidement une proie facile.

Philippe le Bel, notoire notamment pour avoir été le tombeur des derniers Templiers, tout en se méritant la malédiction pour lui et sa descendance de leur chef, Jacques de Molay*, avant que ce dernier  rende l’âme sur le bûcher, ne se sera pas fait que des amis durant son règne.

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Charles de Valois, le p’tit frère de Philippe, frustré d’avoir été supplanté par ce vulgaire bourgeois comme principal conseiller royal et surtout comme Gardien du Trésor, aura sa revanche.  Il convainc donc Louis X, fils et successeur de Philippe (donc son neveu, si vous avez bien suivi) de faire arrêter de Marigny sous une quarantaine de chefs d’accusation, dont aucun ne tient la route.  Qu’à cela ne tienne, on l’accusera de sorcellerie, une valeur sûre lorsqu’on est à court d’arguments, surtout lorsque le fardeau de la preuve réside sur les épaules de l’accusé.  Pour ajouter l’insulte à l’injure, l’accusateur principal sera l’évêque Jean de Marigny, le frère cadet d’Enguerrand.  Comme on peut souvent le constater, avec la famille, nul besoin d’ennemi…

Enguerrand est donc pendu et laissé suspendu pendant 2 ans pour y faisander, au sympathique gibet de Montfaucon, soit jusqu’à ce qu’un autre procès le disculpe et le réhabilite.  Trop peu, mais surtout, beaucoup trop tard.

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*lire Les Rois maudits de Maurice Druon

White Christmas

1975. Vers midi sur les ondes de ARS (American Radio Service) on y annonce que la température à Saigon a atteint 105 degrés et continue de grimper, message immédiatement suivi de la chanson ‘’White Christmas’’. C’est le signal de départ pour l’opération Frequent Wind, la dernière phase du plan d’évacuation pour les derniers ressortissants américains, militaires et  réfugiés vietnamiens, alors que la ville assiégée est sur le point de passer aux mains des Viet Cong.

Saigonevac

Dans les 19 heures qui suivront, plus de 7 000 personnes seront évacuées par hélicoptère (682 sorties), principalement des quartiers généraux militaires américains (DAO Compound) adjacents à l’aéroport international Tan Son Nhat et de l’ambassade américaine, vers la flotte de navires mouillant dans la mer de Chine.  À un moment, le rythme des ‘’livraisons’’ sur les navires excédant leur capacité d’accueil, des appareils sont poussés par-dessus bord pour faire place aux suivants, ou des pilotes reçoivent l’ordre de redécoller une fois vidés de passagers pour laisser leur appareil s’écraser en mer.  Au moins 45 appareils, la majorité des UH-1 Huyes (Bell) auront été ainsi largués.

220px-South_Vietnamese_helicopter_is_pushed_over_the_side_of_the_USS_Okinawa_during_Operation_Frequent_Wind,_April_1975  Huey

 

À 11h30 le lendemain, est hissé sur le palais présidentiel le drapeau du Front de Libération National du Sud Viêt Nam, marquant ainsi la fin de la guerre, dans cette ville qui sera rebaptisée Hô-Chi-Minh-Ville.

 

Pourriez-vous imaginer une opération d’évacuation de nos forces armées canadiennes, disons de Syrie?  Pour signal, Radio-Canada International pourrait déclarer qu’il fait frette en ta à Alep, suivi de l’hymne ’’Le Temps d’une Dinde’’ de Hi-Ha Tremblay… HiHa

Un jour, un jour…

Attention, n’ajustez pas vos tablettes et ordinateurs; voici quelques commentaires de votre humble blogueur avant de passer à la chronique du jour.

Vous aurez probablement remarqué que la livraison d’hier parvenait d’une source autre que stepcou, mon pseudonyme.  Non, je n’ai pas encore passé le flambeau et ne suis pas près de le faire; j’ai par inadvertance utilisé le compte de mon aînée, Valérie, qui partage l’administration de mon site web.  En fait, c’est plus qu’un partage, puisque c’est elle qui a largement contribué à la création du site, son paternel peinant un peu avec la maîtrise de la blogosphère.

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J’ai opéré un petit changement d’ordre cosmétique sur la page web, la bannière présentant dorénavant une mosaïque d’illustrations de chroniques passées, changeant de façon aléatoire d’une visite à l’autre, comme l’exemple ci-haut.  Or c’est avec grande tristesse que je constate que ceci ne sera visible que pour les visiteurs du site www.dejourenjour.com , pas pour les fidèles qui sont abonnés par courriel, ni pour les facebookeux et les twitteux; il faudra donc faire un p’tit effort pour occasionnellement consulter le site.  Et comme toujours, je suis ouvert aux commentaires et suggestions.

Ayant entrepris ces chroniques il y a un an, donc complétant un premier cycle ces jours ci, il serait fort possible de retrouver des sujets déjà traités.  Le cas échéant, pour éviter ce sentiment de déjà lu, il y aura quand même un effort pour y apporter un angle différent.

De retour à la programmation régulière.

1967. Au lendemain des fastes cérémonies officielles d’ouverture de l’Exposition Universelle de Montréal, sous le thème de Terre des Hommes, l’Expo 67 ouvre ses tourniquets au grand public.

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Si vous êtes de la région de Montréal, déjà membres de la sélecte confrérie de la fadoq, ou mieux encore, éligibles à la prestation de la RRQ, tout en ayant conservé l’essentiel de vos facultés mémorielles, il est fort à parier que cet évènement vous rappelle de beaux souvenirs.

 

Bien sûr, il faut vivre au moment présent.   Alors, quoi de mieux que d’admirer les vestiges de cette belle et folle époque, comme par exemple le métro, le tunnel Hyppoppo, l’autoroute Décarie et l’échangeur Turcot.  Pour ce dernier chef-d’œuvre, dépêchez-vous d’aller garnir votre portable de selfies avec avant sa disparition, mais pas de trop près, pour ne pas disparaître avec.Turcot

$$ Sultana

1865. Aux petites heures du matin, à environ 12 kilomètres en amont de Memphis sur le Mississippi, une des chaudières du bateau à aubes SS Sultana explose. La déflagration cause l’explosion presque simultanée de deux des trois autres chaudières et le bâtiment de bois s’enflamme.

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Au moment de l’incident, un peu plus de 2 400 personnes se trouvent à son bord, dont  2 300 anciens prisonniers de guerre unionistes fraîchement libérés, en transit de Vicksburg, MS, vers Cairo, IL.  Les points de départ et de destination sont marqués en rouge sur la carte.

MississippiMap

La guerre de Sécession vient tout juste de se terminer.   Le gouvernement américain offre de payer aux capitaines de bateaux 5$ pour chaque soldat et 10$ pour chaque officier rapatriés vers le nord.  Ce bateau étant au départ conçu principalement pour le transport du coton, le capitaine du Sultana accepte l’offre de payer une ristourne à un officier militaire (un peu comme un passeur syrien) en acceptant de prendre un minimum de 1 400 clients à son bord au port de Vicksburg, soit près du quadruple de sa capacité légale (376).  Or avant d’accueillir la cargaison payante, on note une fissure causant une fuite à l’une des chaudières, nécessitant la réparation immédiate.  Le mécanicien allait retirer la partie défectueuse et la remplacer par un panneau neuf, une opération qui aurait dû prendre environ trois jours.  Or, le capitaine y voit un délai beaucoup trop long, risquant de perdre ce très lucratif voyage à des compétiteurs.  Il convainc donc le mécano de riveter une ‘’patch’’ sur la partie endommagée, ce qui ne nécessitera qu’une journée d’efforts.  Pendant ce temps, un officier un peu confus dans ses calculs parvient à faire entasser non pas 1 400, mais 2 300 sardines soldats à bord.  Quelques jours plus tard, la surcharge du bateau et la pression causée par ses efforts à contre-courant auront raison de cette chaudière rafistolée.

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SéraphinAu total, près de 1 800 personnes périssent, incluant le capitaine Poudrier (bien non, son vrai nom est J. Cass Mason, pas Jean-Pierre Masson), ce qui en fait la pire catastrophe maritime de l’histoire des États-Unis.  À titre comparatif, le Titanic, un transatlantique de 269 mètres de long et 46 328 tonnes, comptera 300 victimes de moins que le Sultana, une ‘’chaloupe’’ d’à peine 85 mètres de long et 1 719 tonnes.

Malgré tout, cette nouvelle passera presqu’inaperçue, étant éclipsée par celles de la reddition du général Robert E. Lee le 9, mettant un terme à la guerre civile, l’assassinat du président Lincoln, le 14, puis la mort de John Wilkes Booth, son assassin, le 26, soit la veille de l’accident…

Ils sont tombés

1915.

”Ils sont tombés sans trop savoir pourquoi

Hommes, femmes et enfants qui ne voulaient que vivre

Avec des gestes lourds comme des hommes ivres

Mutilés, massacrés les yeux ouverts d’effroi…

…Ils sont tombés pour entrer dans la nuit

Éternelle des temps au bout de leur courage

La mort les a frappés sans demander leur âge

Puisqu’ils étaient fautifs d’être enfants d’Arménie’’

Charles Aznavour

Deuils

1016. Décès du roi d’Angleterre Æthelred the Unready, ou Æthelred II, dit le Malavisé. Avec tout le respect dû au défunt, il est amusant de noter la contradiction entre son nom et son surnom. En vieil anglais, Æthelred signifie bien avisé, ou de noble conseil, alors que le surnom Unræd signifie mal conseillé. L’adaptation moderne dans la langue de Shakespeare suggère plutôt qu’il aurait été mal préparé, mais on peut convenir que c’était là mal adapté.  Selon les historiens, il n’aurait pas été lui-même un si mauvais monarque, mais son entourage, pas très génial.  Force est de constater qu’un millénaire plus tard, le surnom Unræd pourrait continuer d’être généreusement attribué…

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À une époque où l’Angleterre se fait régulièrement ‘’gosser’’ par les invasions vikings, Æthelred parviendra quand même à régner un total de 38 ans, sauf pour une période de 5 semaines au tout début de 1014, alors qu’il doit se taper une petite retraite en Normandie pendant l’éphémère présence sur son trône de Sven 1er, (dit à la barbe fourchue) de Danemark.

On attribuerait à Æthelred – j’aime répéter son nom, comme vous devez commencer à vous en douter – la paternité des premiers magistrats de comté, les Shire Reeves, prédécesseurs du sheriff.

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Hamlet
1616.
C’est jour de deuil pour Don Quichotte et Hamlet, devenus orphelins, ainsi que pour les langues espagnole et anglaise, alors que trépassent leurs fiers porte-étendard, Miguel de Cervantes et William Shakespeare.

220px-Cervates_jauregui  250px-Shakespeare

2015. J’ai tué une mouche ce matin; celle-ci avait eu la malencontreuse idée de déambuler sur le mauvais côté du moustiquaire. La saison tarde à démarrer, mais je suis fin prêt!

Ruées

LuckyLukeOklahoma1889. À midi pile, le signal de départ est donné aux quelques 50 000 personnes convoitant chacune sa parcelle d’un territoire s’étendant sur 2 millions d’acres, soit environ 8 000 km².

 

Ces terres de l’Oklahoma, au nord du Texas,  qu’on appelait ‘’Unassigned Lands’’, avaient préalablement été cédées, non sans résistance, par les nations amérindiennes Seminole et Creek au gouvernement américain, en échange de pitances et de relocalisation (pour ne pas dire déportation dans certains cas) dans des réserves.

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En fin de journée, deux villes viennent de naître, Oklahoma City et Guthrie, chacune avec une population d’environ 10 000 âmes.  Il est vrai qu’au départ elles ressembleront plus à d’immenses terrains de camping, mais le développement sera expéditif.  Dès la deuxième semaine, des écoles sont en opération, provisoirement gérées par des volontaires.  Après à peine un mois, Oklahoma City comptera déjà à elle seule 5 banques et 6 journaux.  Malgré le tumulte et quelques bousculades, cette ruée se sera déroulée sans effusion de sang.  Les conflits opposeront en majorité les ‘’Sooners’’ (un peu tricheurs) qui se seront glissé dans le territoire avant le déclenchement officiel de la ruée pour s’approprier les meilleurs lots et les ‘’Boomers’’ (un peu naïfs) qui auront suivi les règles.

Une troisième catégorie, qu’on pourrait appeler les ‘’Losers’’ (un peu morons) verra le jour bien des années plus tard, en 2014.  Une autre ruée, celle-ci un Coco-thon dans un parc de Laval, où la participation d’environ 10 000 enfants et parents, soit plus du triple que le nombre anticipé par les pôvres organisateurs, tournera presqu’à l’émeute.

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N’en déplaise à M. Harper, Dieu merci que la loi canadienne sur le port d’arme à feu soit beaucoup plus restrictive ici qu’aux États-Unis…

Nessie

1934. Publication aujourd’hui d’une photo troublante dans le Daily Mail, un tabloïd britannique. Celle-ci, prise par Robert Kenneth Wilson, un gynécologue londonien, démontre enfin hors de (presque) tout doute l’existence d’un monstre marin habitant les profondeurs d’un lac d’Écosse, le Loch Ness.

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Puisque le logiciel Photoshop ne sera créé qu’une cinquantaine d’années plus tard, comment oserions-nous douter de l’authenticité de cet instantané, croqué par un respectable représentant de la confrérie médicale?  Que voulez-vous, d’autres praticiens en mal de notoriété auront une plus grande propension pour la politique.

Le monstre, découvert par le missionnaire gaélique irlandais Saint Colomba en  565, demeurera plutôt discret au fil des siècles, jusqu’à sa redécouverte en 1871 par le docteur D. Mackenzie de Balnain (tiens, un autre médecin).  Il attendra quand même plusieurs années avant de partager son histoire, peut-être par gêne, mais nul ne saurait.  Malheureusement, on ne pourra qu’accepter son témoignage, celui-ci n’ayant pas de photo, pour en valider l’existence.

Beany and Cecil

Rupert Thomas Gould, un commandant de la British Royal Navy, se chargera, en dépit de (ou grâce à) deux dépressions, d’assurer dès les années 30, la popularité de Nessie.  Google lui rend d’ailleurs hommage aujourd’hui.  Sa légende servira également d’inspiration pour un sympathique personnage de dessin animé américain.

Pour les sceptiques – bien oui, il y en a – Nessie serait classifiée dans la catégorie des  cryptides, des créatures mythiques telles le yéti ou le kraken, ce dernier un calmar ou poulpe géant issu de légendes scandinaves de l’époque médiévale, s’attaquant aux navires pour en déguster leurs occupants.  Miam!

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On en voit un ici à l’œuvre, selon le malacologiste (ou expert en mollusques) français Pierre Denys de Montfort, au début du XIXe siècle.  Jules Verne lui offrira (au poulpe, pas à Montfort) un rôle dans un de ses chefs-d’œuvre littéraires.

Plus près de nous, un lacustre aquatique cousin de Nessie qui aurait terrorisé les amérindiens pendant des siècles, joue toujours à cache-cache avec les visiteurs d’un populaire lac de l’Estrie.  Tiens, voilà une opportunité pour les Dr Couillard, Barrette, Khadir et Bolduc de se taper une petite excursion de pêche cet été; peut-être pourraient-ils enfin nous confirmer la présence de Memphré?…

Bataille du Vendredi Saint

1984. Soirée d’émotions fortes au vénérable Forum de Montréal, alors que s’affrontent pour le sixième match les Nordiques de Québec et les p’tits cousins adorés de l’autre bord de la 20, les Canadiens, ces derniers menant 3-2 dans la série.

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Sauf pour une première escarmouche dans les premières secondes du match, la première période, ainsi que les 15 premières minutes de la deuxième ne seront assaisonnées que d’une douzaine de punitions.  Inexorablement, l’atmosphère dégénère suite à la deuxième visite précipitée du gentleman Dale Hunter dans l’intimité de Steve Penney, le portier du Canadien.

calinours

Puis en fin de période, l’angélique Louis Sleigher (Qc) envoie  Jean Hamel (Mtl) au pays des Calinours.  Les bancs se vident et tout le monde se colletaille gaiement sur la glace avant de retraiter aux vestiaires.  Plusieurs joueurs écopent de punitions majeures, assorties d’expulsions de match, sauf que l’arbitre, probablement épuisé par cette explosion d’amour fraternel en fin de période, omet d’annoncer ses verdicts.  Tous les amis reviennent donc sur la glace pour la troisième période, ou plutôt le deuxième round.  Une fois la demi-douzaine de pugilistes de chaque équipe, ayant cumulé plus de 250 minutes de purgatoire est envoyée aux douches, on peut reprendre un match de hockey, où les Glorieux en ‘’putteront’’ 5 de suite, envoyant les Nords en vacances.

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Quoique les présentes séries contre les autres p’tits cousins, cette fois-ci de l’autre bord de la 417 (ou de la 50, c’est selon), les Sénateurs d’Ottawa soient très intenses, on s’en tient au hockey.  Iiiii, on en voit même s’embrasser!  Fermerons-nous les livres chez les Sénateurs dès mercredi?  Une chance que Mike Duffy est toujours sur ses pieds…

Crémazie

1827. Pour les automobilistes circulant sur une des artères majeures de l’axe Est-Ouest de l’île de Montréal, le boulevard Crémazie, réduit depuis 1960 à un rôle de voie de service à la très inélégante Autoroute Métropolitaine (A40) la chevauchant, dont les voies sont habituellement tout, sauf rapides, sachez que c’est le jour d’anniversaire d’Octave Crémazie. Réjouissez-vous!

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Pour les usagers de la ligne orange du métro de Montréal, vous pouvez admirer la magnifique murale, Le poète dans l’Univers, ornant la station Crémazie; si vos yeux le permettent, vous pourrez y lire des extraits de poèmes d’Octave Crémazie, de Saint-Denis Garneau et d’Émile Nelligan.  Tout en vous assurant de ne pas gêner le passage des ignares pressés à sauter dans la prochaine rame, recueillez-vous!  Si vous préférez les p’tits coins bucoliques, vous pouvez également aller lui dire bonjour au carré St-Louis.

Natif de Québec, Octave Crémazie sera l’un des plus populaires poètes canadien-français avec ses chants (poèmes) patriotiques, tels par exemple Le Chant du vieux Soldat canadien et Le Drapeau de Carillon, ce dernier lui assurant l’auréole de poète national.

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Un des fondateurs de l’Institut canadien, Crémazie opère avec son frère Jacques, la librairie J&O Crémazie, qui sera un populaire lieu de rencontre à Québec pour la communauté artistique.  Le poète sera par contre un bien piètre administrateur.  Savourant un train de vie largement au-dessus  de ses moyens, surtout lors de fréquents voyages à Paris, il croulera sous les dettes, ce qui le forcera à s’exiler en France en 1862 pour échapper à ses créanciers.  Il ne reviendra plus, vivant plutôt dans la dèche, sous le nom de Jules Fontaine, entre Paris, Bordeaux et Le Havre.  Jusqu’à sa mort en 1879, il se limitera à entretenir une correspondance, surtout avec son ami, l’abbé Henri-Raymond Casgrain.  Commis quelque 25 ans plus tôt, ces vers feront office de prophétie :

Loin de son lieu natal, l’insensé qui s’exile,

Traîne son existence à lui-même inutile.

Son cœur est sans amour, sa vie est sans plaisirs.

Jamais, pour consoler sa morne rêverie,

Il n’a devant les yeux le ciel de la patrie

Et le sol sous ses pas n’a point de souvenirs.