La crosse fatale

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1763. Plus tôt dans l’année, au terme de la guerre de Sept Ans, le traité de Paris scellait le sort de la Nouvelle-France, celle-ci passant officiellement aux mains de l’Angleterre. Ceci augurait mal pour les nations amérindiennes, qui pour la plupart perdaient un partenaire commercial et un allié. Se sentant menacées par le nouveau propriétaire qui n’avait que peu d’égards pour des conquis sauvages, plusieurs tribus entreprennent d’attaquer et piller les forts dans les Pays d’en Haut (régions des Grands Lacs, pas la Sainte Adèle de Séraphin), espérant chasser l’Anglais de leurs terres. C’est la guerre de Pontiac, du nom du chef Outaouais commanditant la rébellion.

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En ce beau début de juin au fort Michilimackinac, faisant fi des mises en garde de Charles Langlade, un marchand de fourrures métis francophone connaissant bien les amérindiens, le major Etherington accepte l’invitation de la tribu Ojibwé d’assister à un match amical de crosse, disputé contre la tribu Sauke, tout juste à l’extérieur des fortifications, ceci pour célébrer l’anniversaire du roi.  Bien sûr.  Les moyens de communication de l’époque étant rudimentaires, le major ne sait pas encore que le fort Détroit est tombé aux mains des hommes de Pontiac quelques jours plus tôt.

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Enthousiaste, il encourage les hommes de sa garnison à se joindre à lui et aux chefs Ojibwé Minweweh et Madjekewiss, collègues de Pontiac (ici je suis déçu, ayant espéré plutôt voir des noms tels Buick et Chevrolet) aux abords du terrain pour la partie de crosse, ce qu’ils feront presque tous.  Mais ils ne sont qu’une trentaine et pire, ont laissé leurs armes derrière.  Déjà, la quantité de joueurs (500) pour se disputer une petite baballe aux abords du fort  aurait dû alerter ce naïf de première classe.  Puis il y a hors-jeu, la balle allant choir près de femmes indigènes, pour des cheerleaders curieusement emmitouflées de grandes couvertures malgré la canicule, se tenant encore plus curieusement à proximité des portes du fort.  Les joueurs se précipitent vers elles, alors qu’elles se découvrent, pas pour montrer leurs attributs, mais pour ‘’scalper’’ couteaux et tomahawks.    Les crosseurs (on dit bien des hockeyeurs ou footballeurs, non?), soudainement métamorphosés en guerriers, ont déjà investi la forteresse, pillant et tuant tout ce qui ne parlait pas français, alors que les militaires, sous le choc, réalisent qu’ils font les frais d’une variante moins élégante dudit sport.

Crosse

Quelques Anglais, dont le major Etherington, seront épargnés pour être offerts contre rançon.  Cette expérience lui  apprendra à toujours passer par des canaux autorisés pour des billets de spectacles ou d’évènements sportifs, puis être méfiant des cadeaux, surtout lorsqu’offerts  par des vendeurs de peaux, de chevaux, ou de chars… On peut voir plus haut l’évolution des équipements sportifs de la crosse au fil des siècles, puis ci-dessous, un échantillonnage de dignes représentants d’une version financière de ladite activité…

V. LacroixPorter