Zoot!

1943. À Los Angeles, les tensions raciales montantes entre blancs d’origine européenne et ceux d’origine mexicaine, les latinos, culminent en une série d’émeutes, les Zoot Suit Riots, ou émeutes zazous (…) qui séviront pendant quelques jours. L’élément déclencheur aura été le cirque médiatique autour d’un fait divers, le meurtre du Sleepy Lagoon, où 17 jeunes d’origine mexicaine sont arrêtés et sommairement inculpés pour le meurtre de José Gallardo Diaz, retrouvé mort près d’un réservoir de la métropole l’année précédente. Durant le procès, en plus d’isoler les accusés de leurs avocats, le juge acquiesce à la demande du district attorney de contraindre ceux-ci à garder les mêmes vêtements, les zoot suits, durant toutes les procédures, de sorte que le jury puisse associer les criminels avec leur style vestimentaire subversif.  Le jugement, bâclé, sera renversé un an plus tard par la cour d’appel, mais l’incident aura galvanisé de façon durable l’opinion populaire.

Deputy Sheriff Bartley Brown of East Los Angeles inspects the haircut of prisoner Alex "Largo" Rodriguez, who is wearing an 5.00 zoot suit June 7, 1943. (AP Photo)
Deputy Sheriff Bartley Brown of East Los Angeles inspects the haircut of prisoner Alex “Largo” Rodriguez, who is wearing an 5.00 zoot suit June 7, 1943. (AP Photo)

 

En temps de guerre, le rationnement touche également les textiles, tel que prescrit par le War Production Board américain.  Or le zoot suit, constitué d’un veston très long et de pantalons bouffants, très prisé par les noirs et les latinos, démontre un total dédain pour la frugalité patriotique.  Cab zootOr on sait que c’est très mauvais d’afficher des goûts vestimentaires exubérants, surtout s’ils sont jugés anti patriotiques, à proximité de bases militaires.  On peut donc imaginer des hordes de soldats en permission, tels des Jean Airoldi sur l’acide, pourchassant les latinos dans les rues, les autobus, les bars, les salons de quilles, pas pour distribuer des contraventions de style, mais pour les battre et les déshabiller, puis uriner sur, ou brûler les vêtements.

Yo  Remarquez qu’il aurait été plus facile de dévêtir les victimes (désarmées, bien entendu), eussent-elles adopté la mode Yo, avec le pantalon à demi-fesse défiant la loi de gravité, mais il va falloir attendre une soixantaine d’années…