d’occurences éphémères et de censure

1690. Parution, à Boston, du premier journal aux États-Unis, le mensuel Publick Occurrences Both Foreign and Domestick. En guise d’introduction, son rédacteur, Benjamin Harris, affirme qu’il importe de faire la guerre à l’esprit de mensonge.  « Je n’imprimerai rien dont je n’aie contrôlé l’exactitude, et si je commets quelque erreur involontaire, je la rectifierai dans le numéro suivant. »

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Malheureusement, il n’y aura pas de numéro suivant, les autorités coloniales fermant le journal quelques jours plus tard, saisissant et détruisant les copies non distribuées, tout en envoyant Harris réfléchir au cachot.  Il sera accusé d’avoir préalablement omis de se procurer une licence auprès des autorités compétentes (i.e. le gouverneur).  Pire, le journaliste aurait osé traiter de sujets délicats, par exemple le traitement brutal de Français par des Amérindiens alliés aux Britanniques.  Il faut dire que ce fauteur de troubles s’était déjà attiré les foudres des autorités de Londres pour ses écrits avant de traverser en Amérique.  On se doit d’ajouter que le gouverneur de la colonie du Massachusetts, un pur royaliste (et probable ancêtre de Stephen Harper) considérait les journaux comme des instruments de désobéissance et d’hérésie.  Que d’évolution depuis 3 siècles!…

2015. Quelque seize mois déjà d’écoulés depuis le début de cette chronique; les sujets et les prétextes abondent toujours, mais le temps d’une pause est venu. Je reviendrai à l’occasion, mais là, il y a trop de choses à faire pour maintenir le rythme. Au moins, mes éphémérides De jour en jour  auront sévi plus longtemps que le Publick Occurrences…  Il est par contre de mon devoir de vous rappeler qu’il ne reste plus que 3 petits mois avant Noël!

Merci et à bientôt!

Virginie, la sceptique confondue

1897. « Yes, Virginia, there is a Santa Claus ». Tel est le titre d’un des textes paraissant ce matin dans la page éditoriale du New York Sun, en réponse à une lettre de Virginia O’Hanlon, adressée au journal, exprimant des doutes sur l’existence du Père Noël.

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Le journaliste Francis Pharcellus Church, un ancien correspondant de guerre durant la guerre de Sécession, ne se limite pas à une brève et cute réponse à la fillette de 8 ans.  Oh que non!  Il assaisonnera son argumentaire de thèmes philosophiques, insistant sur le fait que de ne pas voir le Père Noël ne l’empêche pas pour autant d’exister.

Alors voilà les amis, vous n’avez plus de raisons de nier l’incontestabilité de son existence.  Faites de vous des Virginies, ou un pendant masculin pour ceux à qui cela s’applique, évidemment.  Il ne vous reste que 94 dodos avant son (pas Virginie, paix à son âme, mais le Père Noël) triomphal retour.

Si vous me permettez, ne confondez pas ce sympathique mais réel personnage du Pôle Nord avec  les aspirants à la résidence du 24 Sussex Drive; contrairement au premier qui livre, ces derniers ne font habituellement que promettre.

René Lévesque

Parlant d’ancien correspondant de guerre, nous avons souvenir d’un autre  qui de son côté aura presque réussi à convaincre les québécoises et les québécois à croire et partager son rêve d’un pays.

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De nos jours, ce rêve est soutenu par un nouveau marié, déchiré entre sa business et la politique, qui fantasme également à son club dans la LNH.  Souhaitons pour lui que le Père Noël soit à l’écoute…

 

Nostradathomas

Je reprends aujourd’hui une capsule, publiée à cette même date l’an passé, me permettant même quelques projections vers le futur.   Loin de moi est l’idée de m’auto proclamer devin, mais on s’en reparle dans quelques années…

1859. Frustré par le système judiciaire du pays, qui aura contribué à sa faillite, Joshua Abraham Norton s’auto proclame l’Empereur Norton 1er des États-Unis, ajoutant peu de temps après le titre de Protecteur du Mexique. Le 12 octobre, il abolira par décret le Congrès des États-Unis.

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De toute évidence, on ne prendra pas cet illuminé de San Francisco au sérieux; par contre il sera non seulement toléré, mais se verra accorder des marques de sympathie et d’affection, incluant des repas gratuits aux meilleures tables de la ville et la reconnaissance et acceptation par plusieurs commerçants de sa propre monnaie.

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Visionnaire, il aura parlé de plans de constitution d’une Société des Nations, ainsi qu’insisté à ériger un pont suspendu (et un tunnel) reliant San Francisco et Oakland, bien avant leur conception.

2016. Frustré par la classe politique américaine, qui aura contribué malgré tout à le rendre encore plus riche, Donald John Trump s’auto proclame l’Empereur Trump 1er des États-Unis, ajoutant peu de temps après le titre de Protecteur de la frontière avec le Mexique. Aux environs du 12 octobre, il abolira par décret le Congrès des États-Unis.

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De toute évidence, on prendra bien cet illuminé de New York au sérieux, presque; toléré ou pas, il s’accordera de nombreuses marques de sympathie et d’affection, jouissant même des luxueuses suites et meilleures tables de la ville, ces commerces lui appartenant de toute façon.

Dépassé, il aura parlé de plans pour compléter la construction d’une muraille frontalière avec ses voisins du sud (déjà en cours) et ceux du nord (hein, c’est nous ça!), ainsi qu’insisté à démanteler ces laides et inutiles éoliennes, tout en vantant les vertus de la fracturation hydraulique.

2018. Pierre_Karl_Péladeau_à_Pointe-aux-TremblesFrustré par la classe politique québécoise, elle-même asservie par les méchants agents conspirateurs de la G.E.S.C.A, qui contre toute attente n’aura pas réussi à le forcer à se départir de ses actions de Quebecor, Pierre Karl Péladeau…

Nous ne sommes plus qu’à 98 jours…

Ha! C’qu’on est bien quand on est dans son bain

668. JeannieLe bain peut être un endroit dangereux pour des têtes d’affiche, comme peut en témoigner un récent incident vécu par notre tennisseuse nationale. Heureusement, elle devrait s’en remettre sans trop de séquelles.

 

Par contre, ce sera une toute autre histoire pour l’empereur byzantin Constant II, alors que son moment de détente intime tourne au drame, un savonnier atterrissant mortellement sur sa tête impériale.

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L’Empire byzantin (ou romain de l’est) est en perte de vitesse, menacé par les incursions musulmanes.  Ayant quitté la capitale fortifiée de Constantinople, Constant II s’installe à Syracuse, en Sicile, pour se rapprocher des frontières de l’ouest, le temps de regarnir sa trésorerie.  Il s’est d’abord arrêté à Rome pour y sortir en moins de 2 semaines tout ce qu’il pouvait y avoir de valeur, incluant le bronze garnissant les monuments, même le toit du Panthéon.  N’ayant pas eu la visite d’un empereur depuis près de 2 siècles, les romains souhaiteront ne plus subir ce genre de privilège pour très longtemps.  Eussent-ils eu une caisse d’assurance emploi…non, ça aurait été trop cruel…

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Les Siciliens n’apprécieront guère la hargne des percepteurs d’impôts, alors que selon certains historiens, on n’hésitera pas à forcer les hommes à l’esclavage et les femmes à la prostitution pour satisfaire l’appétit insatiable du fisc.  Espérant que ces lignes ne viennent inspirer nos amis de Revenu Québec.

Donc Constant II aura ramassé assez de fonds en quelques années pour se payer la plus meilleure armée pour pouvoir reconquérir les territoires (en vert) envahis par les Arabes.  Hélas, la main d’un serviteur frustré, de tout évidence sicilien, en décidera autrement.  Bain oui…

Veni, Vidi, Vide

1812. Napoléon et sa Grande Armée finissent par atteindre Moscou, seulement pour retrouver une capitale presque totalement évacuée de ses habitants, défenseurs et vivres. Anticipant une capitulation rapide du tsar Alexandre 1er, l’Empereur va plutôt devoir affronter un tout autre ennemi, le feu. Dès leur arrivée, des incendies se déclarent presque spontanément un peu partout dans la ville, forçant les Français à jouer aux pompiers, mais sans succès, alors que les brasiers se multiplient, ravageant en quelques jours plus des trois quarts des bâtiments.  Les sites tels trivago et hotel.com auraient peiné à tenir leurs listings à jour.

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Frustré et sans vivres pour ses troupes, Napoléon, après avoir fait exécuter une dizaine de saboteurs, donnera,  le 18 octobre, l’ordre du retrait de son armée pour un retour qui s’avèrera des plus pénibles vers la France.  Après le feu, le froid…

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Pour passer à une nouvelle moins sinistre, permettez-moi de vous rappeler que nous ne sommes plus qu’à 101 jours.  Yé!

O. Henry

1862. À Greensboro, Caroline du Nord, le Dr Algernon Sidney Porter et sa tendre épouse Mary Jane ont le bonheur d’annoncer aujourd’hui la naissance du petit William Sidney.

Qui?

Voici une brève bio.  La tuberculose emportant sa mère alors qu’il n’a que 3 ans, son père et lui emménagent chez ses grands-parents.  Il développe très jeune une passion pour la lecture.  Il ira à l’école élémentaire de sa tante, puis après ses études secondaires, ira travailler à la pharmacie de son oncle, où il obtient sa licence de pharmacien.  Il sera tour à tour illustrateur, caissier de banque, journaliste, musicien, détenu (…) et nouvelliste.

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Artiste aux multiples talents, quoiqu’un peu douteux en ce qui a trait aux chiffres, il fonde en 1894 sa propre publication humoristique et satirique hebdomadaire, The Rolling Stone, qui s’éteindra l’année suivante, faute de fonds.  Cette entreprise coïncide avec son travail comme caissier et comptable à la First National Bank d’Austin, au Texas.  Suite à un audit à la banque, il sera inculpé pour détournement de fonds, mais décampe au Honduras plutôt que de se présenter devant la justice.

Durant son exil, il écrira ses premières nouvelles, compilées dans Cabbages and Kings, dans lesquelles il est le premier à se servir du terme ‘’république de bananes’’ pour décrire la République d’Anchourie, un pays fictif d’Amérique Latine où le régime politique local, corrompu, est à la solde d’une multinationale de l’agroalimentaire.  Mais comme dans bien des situations,  on constatera que la réalité dépasse souvent la fiction. OK, il y a quand même la bucolique Santa Banana, très chère à Elvis Gratton…

Elvis Santa Banana   Banana!

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La santé de sa femme déclinant rapidement, il revient au pays et se livre aux autorités.  Suite au décès de celle-ci, il est jugé et incarcéré.  Durant son séjour en tôle, qui durera trois ans, il écrira des nouvelles qui seront publiées sous des pseudonymes, dont celui qu’il adoptera officiellement, O. Henry, avec la publication de… ‘’Whistling Dick’s Christmas Stocking’’.  Je l’aime déjà…   À sa sortie du pensionnat, il s’installera à New York et se concentrera à la littérature, connaissant beaucoup de succès auprès du public, malgré un accueil plutôt tiède des critiques.

Passons donc à Oh Henry!, la barre de chocolat.  Introduite en 1920 par la Williamson Candy Company de Chicago, l’origine du nom n’est pas définitive, mais la référence au populaire nouvelliste américain est parmi la liste des possibilités.

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À Montréal, le nom Oh Henry! prendra une nouvelle dimension entre 1995 et 1997, puis en 2002, lorsque hurlé à répétition par notre Rodger Brulotte national, en réaction à chaque coup de circuit d’Henry Rodriguez, le populaire joueur de champ gauche des Expos, pendant que des fans lancent des tablettes sur le terrain.  J’espère Oh Moins! qu’elles avaient été achetées à l’extérieur du stade…

Booth Bros.

1849. C’est soir de première au Boston Museum pour le jeune acteur américain Edwin Booth, campant le rôle de Tressel, un des deux gentilshommes accompagnant Lady Anne dans la pièce Richard III de Shakespeare.

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Modeste début dans un rôle régulier, certes, puisque le personnage ne fait qu’une brève apparition, muette, dans une pièce où son paternel, Junius Brutus Booth tient le rôle principal.  Quelques années plus tard, au décès de ce dernier, Edwin prendra la relève dans le rôle de Richard III.  Il se taillera rapidement une réputation internationale comme acteur shakespearien, même qu’il sera considéré par plusieurs historiens ayant été le meilleur interprète d’Hamlet du XIXe siècle.

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Outre son père, les deux frères d’Edwin, Junius Jr et John sont également acteurs, donc une famille full théâtrale.  Les trois ne seront réunis qu’une seule fois sur scène, en 1864, pour la pièce Jules César, John interprétant Marc-Antoine, Junius Jr, Cassius et Edwin, Brutus, lors d’une représentation bénéfice pour amasser des fonds pour l’érection dans Central Park d’une statue à l’effigie de leur auteur fétiche, William Shakespeare.  Les liens fraternels resteront fragiles, sinon tendus, surtout entre Edwin et John, dont les allégeances politiques sont diamétralement et farouchement opposées.

En plus de sa brillante carrière théâtrale, Edwin Thomas Booth passera à l’histoire pour un jour avoir agrippé un jeune homme ayant perdu pied sur un quai, avant qu’il ne soit coincé entre deux wagons d’un train se mettant en branle, le sauvant de la mort, sinon de blessures graves.  Le rescapé aurait reconnu l’acteur, le remerciant pour son geste, puis chacun continuant son chemin.  L’évènement restera toutefois non publicisé, puisque  Booth ne connait pas le jeune Robert et n’en fait pas grand cas, alors que ce dernier préfère ne pas le mentionner à ses parents.  On peut comprendre le contexte, sa mère ayant une propension à l’hystérisme et son père, Abraham Lincoln, un peu détaché, est plutôt indisponible, trop occupé à veiller au bien-être de l’Union dans son rôle de président des États-Unis.

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Ironiquement, le p’tit frère d’Edwin, John Wilkes, également reconnu pour ses talents d’acteur, mais fan fini de la cause confédérée, volera la vedette en assassinant le président Lincoln au Ford Theatre en 1865.  Donc comme dans l’annonce de la police qui pardonne, la famille Lincoln aura connu Booth, Booth…

Montréal capitule

1760. C’est un triste jour pour Pierre de Rigaud de Vaudreuil, le Gouverneur-Général de la Nouvelle-France, alors qu’il signe la capitulation de Montréal, négociée avec son vis-à-vis, le Major-General Jeffrey Amherst.

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Il n’a pas tellement le choix, préférant épargner les quelque 2 400 soldats et miliciens disponibles, face à un ennemi totalisant 17 000 hommes, sans compter les alliés autochtones ayant changé d’allégeance.  Le régime militaire britannique commence dès lors et sera maintenu jusqu’à la cession définitive à la Grande-Bretagne de la colonie par la France au Traité de Paris de 1763.

Le document, rédigé en français, assure aux Canadiens les mêmes droits et privilèges reconnus aux autres sujets de la couronne britannique.

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S’il avait seulement pensé à positionner stratégiquement ses cônes orange sur le chemin du Roy, peut-être aurait-il pu décourager et forcer les pauvres Anglais à retraiter vers Québec…

cônes

36 avant J-C. Non, même si l’image pourrait suggérer le contraire, ce n’est pas le nom de scène d’un danseur du 281 mais bien d’un général romain qui subit aujourd’hui la défaite, face à Marcus Vipsanius Agrippa, dans la bataille de Nauloque, un port de Sicile.

Sextus Pompée

Perdre 283 de ses 300 bateaux engagés dans le combat, contre seulement 3 de 300 du côté adverse peut facilement qualifier l’affrontement de sévère correction.  Sextus Pompée, fils du grand Pompée, dont le nom ne suggère aucunement une inflation hormonale excessive, réussira à s’échapper, mais pas pour longtemps, perdant la Sicile.  No luck to you, Sextus, no luck…

de longévité royale

1715. « Je m’en vais, mais l’État demeurera toujours ». Telle serait la dernière déclaration royale de Louis XIV avant de rendre l’âme. Quatre jours de plus et il aurait pu souffler 77 chandelles, mais considérant son état de santé lamentable, devinons qu’il devait s’en foutre royalement.

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Ayant survécu à tous ses héritiers légitimes, sauf un arrière-petit-fils à la santé fragile, il était quand même grand temps pour lui de tirer Sa Royale Révérence.  On n’aura donc pas eu à puiser dans la banque de bâtards royaux, le petit Louis, 5 ans et demi, assurant in extremis la descendance de la maison Bourbon.

 

Louis_XV_France_by_Louis-Michel_van_Loo_002Le règne de Louis XIV aura duré 72 ans, 110 jours, ou 26 407 jours.  Ceci lui vaudra la  12e position sur la charte de longévité royale.  Malgré les inquiétudes originales à son propos, Louis XV réussira quand même un score honorable de 58 ans, 251 jours, ou 21 436 jours sur le trône, pour une 87e place.  Ce palmarès se limitant aux monarques ayant cumulé un minimum de 50 ans de règne (187 membres à ce jour), il faut exclure le malheureux Louis XVI, pour des raisons évidentes; il fallait bien couper quelque part…

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Mais qui voit-on se pointer en 49e place?  Mais c’est Elizabeth II, qui avec son cumul de 63 ans, 207 jours, ou 23 218 jours de règne n’est plus qu’à 8 jours du 48e rang, détenu par son arrière-arrière-grand-mère, Victoria.  Mieux, elle réussira à se hisser au 46e rang avant même qu’un de ses plus grands fans ne soit bientôt évincé du 24 Sussex Drive.

Sobhuza_II

220px-StarbuckAvec un score de 82 ans, 254 jours, ou 30 204 jours, le premier rang officiel appartient à Sobhuza II du Swaziland.  Définitivement plus soucieux de sa descendance que Louis XIV, ce dernier aura produit 210 enfants avec ses 70 épouses.   Ceci pourrait nous mener vers un autre palmarès, mais là n’est pas le thème du jour…