Folie Seward

1867. 300px-Alaska_purchaseDes négociations entre William H. Seward, le secrétaire d’État américain et le baron Edouard de Stoeckl, ambassadeur de l’Empire russe, aboutissent au petit matin par la signature du traité d’achat du territoire de l’Alaska. Le tout se conclut pour la rondelette somme de 7 200 000$US, soit l’équivalent approximatif de 0.02$ l’acre.

En dollars d’aujourd’hui, ça oscillerait autour de 1,7 milliard, soit tout juste assez pour se taper un stade olympique, avec presque un nouveau toit…

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C’est un grand jour pour Seward, également pour Céline Dion et Guillaume Couture, ces derniers fêtant respectivement leurs anniversaires (mais ça n’a pas vraiment rapport).  Or la transaction est loin de faire l’unanimité au Congrès.  D’ailleurs, la motion ne passera que par une seule voix de majorité au Sénat dix jours plus tard.

On qualifiera l’achat de ce lointain terrain ‘’la folie Seward’’, ou encore du ‘’jardin d’ours polaire’’ du président de l’époque, Andrew Johnson.  Pourtant, avec l’achat une soixantaine d’années plus tôt de la Louisiane, ça s’avérera être un autre bon deal pour les États-Unis.  Dans le premier cas, ça aura été un achat stratégique pour éviter d’être pris en sandwich entre deux puissances colonialistes ennemies, la France et l’Angleterre.  Ça aura  également donné à Napoléon l’occasion de regarnir un peu ses coffres pour mieux se chamailler avec son voisin.

L’Alaska représente plutôt une vente de feu, la Russie connaissant de sévères difficultés financières, ou  ‘’pauvre comme un crucifix pleumé’’, pour citer affectueusement le regretté Jean Lapierre.  Ce sera quand même une situation gagnant-gagnant pour l’Amérique et la Russie, les deux cherchant à tout prix à éviter que la méchante flotte anglaise (encore elle) ne consolide sa domination des côtes du Pacifique.

Salut, salut, monsieur Lapierre.

Salutsalut

Yogi

1962. C’est un grand jour pour Yogi l’ourse, la première à s’envoyer en l’air. Non, pas celle que l’on peut admirer dans le ciel nocturne étoilé. Et malgré son nom, il ne faut pas la confondre non plus avec le joyeux voleur de paniers à pique-niques du parc Jellystone.

Grande Ourse   Yogibear

Yogi aura l’honneur d’être la première ‘’volontaire’’ éjectée d’un aéronef B-58 filant à une vitesse supersonique de 870 milles à l’heure (1 400 km/h) et à une altitude de 35 000 pieds (10 668 mètres) à bord d’une capsule pressurisée.

B-58-Bear-Ejection-Seat

Après une descente en parachute qui aura duré près de 8 minutes, la capsule touchera doucement le sol.  Toujours sous l’effet des sédatifs à sa sortie de l’habitacle, l’héroïne du jour nous servira un ‘’mounoumounou’’ un peu confus que seul Pépinot aurait pu comprendre, mais affichera quand même une excellente forme.  Si cette dernière phrase vous touche, vous êtes assurément éligibles pour joindre les rangs de la fadoq, à moins que ce ne soit déjà fait.

Le printemps s’amorce sur la fraîche; puisqu’il reste encore 278 jours avant Noël, pourquoi pas un sapin de Pâques?…

Formi, fort mi…

1945. Maurice Richard devient le premier hockeyeur à atteindre le cap de 50 buts dans la LNH. Au fil des ans, il sera imité chez le Canadien par les Geoffrion, Lafleur (6 fois), Shutt, Larouche, Richer, puis ça s’arrêtera là. Des exploits formi, formidables.

2016. Ayant trôné en début de saison à la tête de sa division suite à un départ canon, le CH perd son gardien et glisse inexorablement vers les bas-fonds. Le cumul de buts des deux meilleurs buteurs, Pacioretti et Galchenyuk vient à peine d’atteindre ce seuil.  Une saison formi,  fort minable.

photo d'équipe
photo d’équipe

 

Merci au duo improbable Aznavour-Fournier pour l’inspiration.

Condamné, torturé, toasté, excusé

1762. 250px-CalasChapbookReconnu coupable du meurtre d’un de ses fils, Marc-Antoine, Jean Calas est condamné par le tribunal de Toulouse «à être rompu vif, à être exposé deux heures sur une roue, après quoi il sera étranglé et jeté sur un bûcher pour y être brûlé ». Ça, c’est de la peine!  La sentence est exécutée dès le lendemain.

JeanCalas

Pour le contexte, Marc-Antoine aurait été retrouvé pendu dans la maison familiale.  Voulant éviter l’humiliation du traitement réservé à un suicidé, soit d’être « traîné sur la claie », une sympathique ballade derrière un cheval à travers la ville, face contre terre, puis jeté aux ordures, la famille décide de le détacher et déclarer aux autorités qu’il avait été assassiné par étranglement.  Mauvaise décision.  De plus, en cette époque de fortes tensions entre la majorité catholique et la minorité protestante, dont fait partie la famille Calas, la rumeur coure qu’avant sa mort, la victime voulait se convertir au catholicisme et ce, au grand dam du paternel.  Les soupçons collent plutôt sur Jean Calas, qui devra se défendre face une justice déjà convaincue de sa culpabilité.

1765. Le même jour, mais trois ans plus tard, Jean Calas est exonéré de tout blâme par le Conseil du roi, lui et sa famille définitivement réhabilités. C’est assurément trop tard pour le marchand d’étoffe toulousain, mais au moins sa veuve touchera une compensation de 36 000 livres.

Le processus de réhabilitation aura été entrepris grâce à l’intervention de Voltaire et la publication en 1763 de son Traité sur la tolérance.  Ce geste sera en quelque sorte imité en 1898 alors qu’Émile Zola publiera J’accuse!, en défense d’Alfred Dreyfus.

Sûr que le candidat vedette du GOP à la présidentielle ces jours-ci est un grand fan de Voltaire…