Colossal

1941. Au terme de 14 ans de travaux, le chantier du mémorial national du Mont Rushmore, dans l’État de Dakota du Sud, est considéré terminé. Dans ses plans originaux, le sculpteur Gutzon Borglum ambitionnait de sculpter les bustes complets de ses sujets, mais faute de fonds, seuls les visages seront complétés.

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La motivation pour une telle œuvre était de créer un attrait touristique, dans cet état du Midwest qui n’avait pas grand-chose d’intérêt à offrir.  L’idéateur, l’historien Doane Robinson, rêvait à des héros western, tels Lewis & Clark, Red Cloud et Buffalo Bill.  Dieu merci, il n’avait pas impliqué Walt Disney dans le dossier!  Borglum ayant heureusement une vision moins folkloriste pour le projet, préfèrera honorer quatre présidents ayant marqué les 150 premières années des États-Unis.  On retrouve donc dans l’ordre George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln.

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Pour l’anecdote, notons que Jefferson devait être positionné à la droite de Washington.  D’ailleurs, sa tête était déjà bien entamée lorsqu’on remarqua l’instabilité du granit à cet endroit; dans le doute, on effaça le tout à coup de dynamite, puis recommença de l’autre côté du Wash.

Une motion proposant l’addition d’une cinquième tête, celle de la championne des droits civiques et suffragette Susan B. Anthony, fut introduite au Congrès en 1937, mais n’aura pas survécu au comité des finances.  Pour consolation, on l’honorera de façon plus discrète.

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2041. Au terme de 25 ans de procédures diverses et de controverses, dont le recours à des travailleurs illégaux, c’est l’achèvement d’une cinquième tête sur le Mont Rushmore Trump, à l’endroit même où on avait effacé la première tentative de Jefferson.  C’est un personnage démontrant des qualités similaires au roc sur lequel il est sculpté.  Je vous laisse deviner qui…

Monumentale érection, prise 2

En début de semaine je soulignais la spectaculaire relocalisation, en 1836, d’un obélisque* du temple d’Amon de Louxor à la place de la Concorde à Paris, un cadeau de l’Égypte.  J’avoue avoir maintenu le même titre de chronique pour m’assurer votre attention…

think-big1886. Cinquante ans plus tard, la France fera preuve d’une aussi monumentale générosité, sûrement inspirée par les paroles du Seigneur, soit qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir (Actes 20 :35). Ce ne sera toutefois pas un obélisque**, car bien avant Elvis Gratton, les Français ont compris que les Américains ont une affection pour les grandeurs. Ce sera une énoooorme statue, conçue et réalisée par le tandem Bartholdi/Eiffel, pour leurs amis d’Amérique.

statue_of_liberty_-_4621961395C’est donc aujourd’hui l’inauguration, sur une petite île à l’embouchure de la rivière Hudson, devant New York, de ce modeste cadeau français pour commémorer le centenaire de son indépendance.  La Liberté éclairant le monde, nom original de l’œuvre, sera rapidement rebaptisée Statue de la Liberté.

Mais le centenaire de ladite Déclaration d’Indépendance aurait été célébré en 1876, pas 1886, protesteraient certains d’entre vous, avec raison.  Que voulez-vous, les délais causés par le financement, la main d’œuvre, le contexte politique, etc., auront raison des bonnes volontés.  Il n’y a pas que le CHUM, pour ne nommer qu’un exemple, qui éprouve des difficultés à aboutir…

*C’est simplement que je trouve amusant d’accoler un astérisque à obélisque

**Dommage, le second obélisque aurait potentiellement pu servir, la France détenant toujours à ce moment-là son option pour un transfert, mais contrairement à son jumeau, il restera sagement et solitairement devant l’entrée du temple***

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***Le temple ne fait pas partie du capital immobilier Trump

Érection monumentale

1836. C’est aujourd’hui à Paris, sur la place de la Concorde que s’érige l’obélisque offert en cadeau par le wali ou vice-roi d’Égypte à la France, un gage d’appréciation pour services rendus dans la modernisation du pays.

François Dubois - musée Camavalet
François Dubois – musée Camavalet

Ce mastodonte de 22,84 mètres, pesant 230 tonnes, jouira de sept années de préliminaires.  On compte la période à partir moment de son ablation du socle original, sis devant le temple Louxor, construit sous Ramsès II au XIIIe siècle av. J.-C., son voyage en transport adapté sur le Nil, la Méditerranée, l’Atlantique puis la Seine, et enfin sa délicate érection, place de la Concorde.  Les derniers instants (en fait, trois longues heures) de l’érection se vivront dans le silence et l’appréhension, suivi d’un moment triomphal pour les quelque 200 000 excités, attroupés pour l’occasion.

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Pour citer un populaire chroniqueur économique, en avaient-ils besoin?  Un laminé autographié de Cléopâtre et des fleurs n’auraient pas suffi? Au moins, ils se seront abstenus de prendre livraison du deuxième obélisque du même site, également généreusement* promis par le wali Méhémet Ali…

cleopatre  *frais de transport, préparation et taxes exclus

Le Bleu et le Noir

impactDésolé, malgré le titre, ce petit mot ne concerne en rien l’Impact, le club de foot local, où Didier, récemment invisible lorsqu’on lui a demandé Matteo?, devrait revenir Joey tout Mauro.  Je sais, c’est tordu, mais je devrais en tirer au moins un sourire.

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Ce n’est pas non plus un clin d’œil à Stendhal, le romancier qui aurait troqué son  Julien pour un titre plus subtil et coloré.  Ni au poète Rimbaud, pour sa Voyelles, un sonnet en alexandrins, qui malgré de multiples relectures, me tirent toujours la même réaction : hein???

1987. Noir. C’est le krach boursier à la Bourse de New York, que l’on qualifiera ce 19 octobre de lundi noir (Black Monday), une référence indirecte à l’autre évènement de 1929 ayant provoqué la Grande Dépression.

1981. Bleu. C’est pour le circuit de Rick Monday des Dodgers en neuvième manche qui coule les Expos devant plus de 36 000 spectateurs dans le grand bol, les privant d’une participation aux Séries Mondiales. Cette petite dépression, qualifiée de lundi noir des Expos par les médias francophones (également appelée Blue Monday chez les Anglos), restera gravée dans la mémoire populaire. En fait, en tant qu’hôtes, les Expos auront droit de réplique en fin de neuvième, mais ne pourront marquer de points, le dernier joueur retiré portant, ironiquement, le nom de White…

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Go, Blue Jays!

Présidence en péril

1912. À sa sortie de l’hôtel, alors qu’il s’apprête à monter dans une voiture en direction du Milwaukee Auditorium, où il est attendu pour livrer un discours électoral, le candidat à la présidence Theodore Roosevelt est tiré à bout portant.

Schrank
Schrank

 

L’agresseur est John Flammang Schrank, un débile jusque-là considéré léger, avec une fixation sur la bible.  Ayant hérité au décès de son oncle d’une taverne et de propriétés immobilières à New York, n’ayant pas la fibre trumpienne, il aura liquidé les immeubles, préférant s’en tenir au bar.  On le verra arpenter les rues de New York, étalant ses talents d’orateur dans parcs et autres établissements de réhydratation de son patelin.

Au moment de son arrestation, il avouera aux policiers que son geste, dicté dans un rêve par le fantôme d’un ancien président (William McKinley) ne visait pas le ‘’citoyen Roosevelt’’ lui-même, mais bien l’aspirant d’un troisième mandat à la présidence, quel qu’il fut.

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Roosevelt
Roosevelt

Heureusement pour la victime, le projectile du revolver de calibre .38 aura traversé l’étui à lunettes métallique et les 50 pages d’un discours dans la poche de son manteau avant de se loger dans sa poitrine, effleurant un poumon.  Ne toussant pas de sang, Roosevelt juge sa blessure relativement superficielle et insiste à maintenir l’agenda de la soirée avant d’être conduit à l’hôpital pour traitements.

Ignorant la douleur et la difficulté à respirer, il commencera son discours en relatant la tentative d’assassinat, exhibant le manuscrit troué qui lui a sauvé la vie et demandant à la foule de rester silencieuse pour mieux l’entendre.  Tel un Jean-François Lisée en pleine santé, son exposé durera 90 minutes.

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Plus tôt, lors des primaires pour l’investiture du candidat du Parti Républicain, Roosevelt avait senti le manque d’appuis et avait donc décidé de quitter le GOP, fondant le Parti Progressiste.  L’association à des bibittes étant prisée en politique américaine, la mascotte adoptée par le nouveau groupement, constitué principalement d’anciens républicains loyaux à Roosevelt, est l’orignal.  À la présidentielle, le Progressive Bull Moose Party sapera assez d’appuis aux Républicains pour permettre au démocrate Woodrow Wilson d’accéder au bureau ovale,  l’emportant haut la main.

Aujourd’hui, après avoir anéanti la compétition et bafoué l’establishment du GOP, le candidat Donald Trump constitue, à sa façon, la nouvelle menace à la présidence.  Elvis Gratton doit en être bouche bée…