Le fâcheux destin de l’Essex, ou comment apprécier de bons camarades avec pas de sauce.

1820. En totale rupture avec le scénario classique, l’Essex, un baleinier américain de 27 mètres est attaqué par un énorme cachalot et sombre au beau milieu du Pacifique, à quelque 3 700 km à l’ouest des côtes de l’Amérique du Sud.

Les vingt membres de l’équipage s’en tirent et se répartissent, avec leurs maigres vivres et instruments, dans trois baleinières, des chaloupes d’environ 6 à 9 mètres de long.

Le capitaine George Pollard veut mettre le cap vers les îles Marquises, les plus proches connues malgré la distance de 1 900 km à parcourir.  Or son premier maître, Owen Chase et d’autres matelots, inquiets par les rumeurs de cannibalisme chez les indigènes de ces îles polynésiennes, vont le convaincre de se diriger plutôt vers les côtes de l’Amérique.  Pour ce faire, ils devront descendre environ 1 600 km vers le sud, puis bifurquer vers l’est en tirant avantage des vents d’ouest, vers une destination quand même évaluée à environ 4 800 km plus loin.

Je vous épargne les détails de cette longue balade de près de 90 jours où, ironiquement, comme dans la populaire chanson ‘’Il était un petit navire’’, les 8 survivants auraient découvert les avantages de se sustenter sur les dépouilles de collègues, sans sauce, pour eux-mêmes se sauver.

Trente ans plus tard, Herman Melville s’inspirera en partie du récit d’Owen Chase, intitulé ‘’Narrative of the Most Extraordinary and Distressing Shipwreck of the Whale-Ship Essex’’ pour pondre son chef-d’œuvre ‘’Moby-Dick’’.  Ohé! Ohé!

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