Recrutement houleux à NY

1863. La bataille de Gettysburg vient tout juste de se conclure, à l’avantage de l’Union, mais la guerre de Sécession fait toujours rage aux États-(dés)Unis et on manque de viande fraîche pour soutenir l’effort militaire.

Terre d’accueil de nombreux immigrants, à cette époque majoritairement Irlandais et Allemands*, la ville de New York abonde de recrues potentielles, mais pas nécessairement enthousiastes pour aller se casser la gueule dans un conflit qui ne les regarde pas vraiment. Quelques mois plus tôt, le Congrès américain avait adopté l’Enrollment Act.

Si cette conscription touche tous les citoyens mâles âgés entre 20 et 45 ans, elle épargne par contre les biens nantis qui peuvent s’y soustraire, moyennant une contribution de 300$.  On devinera que cet échappatoire exclut d’office ces nouveaux citoyens (surtout irlandais), étant presque tous de la classe ouvrière.  De plus, malgré leur affranchissement, les Noirs, n’étant pas encore considérés des citoyens, ne sont pas visés par la conscription.  Les tensions raciales n’en sont qu’exacerbées avec la réelle menace pour l’emploi qu’un afflux du sud de ces derniers apporterait.

Les bureaux de recrutement sont pris d’assaut ce lundi matin, le troisième jour de ‘’repêchage’’, par environ 500 manifestants, dirigés par les pompiers volontaires de la caserne Engine Company No. 33.  Elle tourne rapidement à l’émeute, que les autorités pourront difficilement contenir, les milices n’étant pas encore revenues de Gettysburg. En trois jours, le conflit se soldera avec 120 morts et près de 2 000 blessés, dont plusieurs de race noire.  Parmi les nombreux édifices touchés, on comptera le Colored Orphan Assylum, pillé, puis rasé par les flammes.  Heureusement, les policiers auront réussi à évacuer les 233 orphelins à temps.

Bien sûr, Hollywood saura nous servir une mise en situation historique du climat de l’époque avec le film ‘’Gangs of New York’’, où finalement le cassage de gueule abondera, au grand plaisir des cinéphiles.

Je crois que le nano-rayonnement et l’absence totale de revenus tirés de cette chronique m’assurent une certaine immunité – que je n’oserais abuser – face à des sujets pouvant toucher des entités sociales, culturelles ou raciales sensibles. Espérant que les pompiers volontaires me pardonneront.  Avis à Betty, Robert et le TNM: touchez-pas à ça…

*En 1885, pour échapper à la conscription dans l’armée de l’Empire allemand, un coiffeur âgé de 16 ans fera partie de cette vague migratoire, un certain Frederick (Friedrich) Trump.  Il bâtira sa fortune dans la restauration et l’hôtellerie lors de la ruée vers l’or sur la Côte Ouest.

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