Khan vs Kamikaze

1281. Les Mongols de Kubilaï Khan (le petit-fils de Ghengis) sont considérés les maîtres de l’Asie (et même plus), mais encore faut-il qu’ils restent sur la terre ferme. Ils l’apprennent à la dure, deux fois plutôt qu’une, dans leurs tentatives d’ajouter le Japon à l’empire de la dynastie Yuan.

N’eut été d’un typhon venu malencontreusement brouiller les cartes et coulé le tiers de la flotte mongole à l’automne 1274, l’invasion aurait dû réussir.  Pour le Khan, ce fut de la malchance, donc partie remise.

Suite à ce contretemps, il a tenté l’approche diplomatique, encouragé par son chum Marco Polo qui avait trouvé l’idée géniale et ne cessait de répéter yes we Khan. Une délégation se présenta donc chez l’empereur japonais, l’invitant à venir à Dadu (Beijing) se prosterner devant le Kubilaï Khan.  Hélas, ce fut un autre échec, les têtes de ses émissaires étant retournées, séparées du reste de leurs corps.  Il va sans dire que la réponse nippone constitua un affront pire qu’un tweet extrême d’une ministre canadienne à propos des us et coutumes d’un petit royaume du Moyen-Âge Moyen-Orient.

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Donc le Khan, coiffant sa casquette MAGA (Make Asia Great Again), entreprit de se rebâtir une nouvelle flotte, un projet étalé sur sept ans.  Il créa même un ministère dédié exclusivement à la conquête du Japon.  Cette flotte serait immense, comptant environ 4 400 bâtiments, petits et gros, provenant de chantiers chinois et coréens (vous l’aurez deviné, aucun contrat pour la Davie, navrant…).

La puissance navale de Khan se présentera enfin en août 1281, au large de l’île de Kyushu.  Or, n’ayant pas au préalable consulté le canal météo, sa flotte sera surprise le 15, par un autre typhon.  Cette manifestation de Mère Nature, affectueusement appelée ‘’vent divin’’ (Kamikaze) par les insulaires nippons, avalera la flotte ennemie, protégeant ainsi le Japon de l’envahisseur.

Croyant d’ailleurs à l’influence de forces surnaturelles, le Khan abandonnera son projet.  Et son ministère.

Peut-être le reverrons-nous vers l’an 2285, aux alentours de Ceti Alpha VI…   

le Crime artistique du siècle

1974. Les ayant ‘’découvertes’’ en feuilletant un magazine dans un cabinet de dentiste 6 ans plus tôt, le funambule français Philippe Petit réalise enfin son rêve et enjambe ce matin le fil qui relie le sommet des tours jumelles du World Trade Center.

Il ne se contente pas de traverser la distance dans le vide, à plus de 400 mètres du sol, mais bien de faire 4 allers-retours. Étirant son plaisir, il s’immobilisera tantôt pour se coucher sur le fil, tantôt pour s’y agenouiller et saluer la foule, près d’un demi-kilomètre sous lui, alors que les policiers, l’attendant sur les toits, lui ordonnent de cesser, menaçant même de l’attraper au moyen d’un hélicoptère.

Pour réussir l’exploit, qualifié de ‘’crime artistique du siècle’’, Petit aura, avec quelques complices, préparé la cascade dans ses moindres détails, incluant plusieurs visites de repérage, dignes d’un roman d’espionnage.

Quelques semaines plus tard, un autre crime artistique est commis, cette fois-ci de l’autre côté de l’Atlantique, par le groupe rock Supertramp, avec la sortie de l’album Crime of the Century. Désolé, il n’y a aucun lien avec la cascade new-yorkaise.

Par contre, on pourrait se demander si les paroles de la chanson-titre ne seraient pas prémonitoires, non pas en référence à l’autre crime dont les tours jumelles feront tragiquement les frais à l’aube du siècle suivant, mais plutôt de l’implosion possible et redoutée de la démocratie américaine.  Espérant se trumper…