de sang, sueur et larmes

What goes up, must come down, Spinning wheel got to go round, Talkin’ ’bout your troubles, it’s a cryin’ sin…”

Les boomers parmi vous auront sûrement reconnu les premières lignes de ‘’Spinning Wheel’’, un gros succès de 1968 du groupe Blood, Sweat & Tears, sûrement un clin d’œil avec un personnage marquant du XXe siècle.

1940. En fait, c’est en ce 13 mai, quelques jours après avoir pris la relève de Neville Chamberlain à titre de premier ministre du Royaume-Uni, que Winston Churchill livre un de ses mémorables discours à la Chambre des communes:

’… je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.  Vous me demandez, quelle est notre politique? Je vous dirais : c’est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner.’’

Le bonhomme tiendra parole et viendra, en 5 ans, à bout des forces de l’Axe.  Avec un peu d’aide de ses amis, bien sûr…

Pourrions-nous imaginer le voir portant une casquette MEGA (ou MGBA) sur le coco? Not a bloody chance!  

La tomate au tribunal

1893. Les annales des cours de justice foisonnent de causes initiées par l’interprétation lexicale des choses, comme l’illustre l’affaire Nix v. Hedden chez nos amis du Sud.

C’est par une décision unanime que les juges de la Cour suprême des États-Unis, présidée par l’honorable Horace Gray, statuent en ce 10 mai que malgré sa définition botanique, la tomate doit être reconnue comme un légume, telle que toujours considérée dans le langage populaire.

La source du litige est l’introduction, dix ans plus tôt, d’une loi douanière imposant des droits sur l’importation de légumes, mais pour une raison qui m’échappe, pas sur les fruits.

La plaignante, la John Nix & Co., importatrice majeure de fruits et légumes de New York, contestant les droits douaniers exigés pour ses tomates, soumet à la cour comme évidence la définition de la tomate, telle que décrite dans les dictionnaires Webster, Worcester et Imperial.  

Le défendeur, Edward L. Hedden, trésorier du port de New York, responsable de la collecte des tarifs, se sert des mêmes dictionnaires pour démontrer que des équivalents tels la courge, le concombre et le poivron sont également définis comme fruits, mais tous perçus comme légumes.

La plaignante revient à la charge en soumettant d’autres légumes, toujours tirés des mêmes dictionnaires, comme le haricot, la patate et la carotte. Alors là je ne sais trop où la poursuite voulait en venir avec ces nouveaux ‘’témoins’’, mais de toute évidence, elle a fait chou blanc.

On sait tous aujourd’hui que la tomate n’a pas sa place dans une salade de fruits, à moins bien sûr de convertir cette dernière en ketchup.

Puisque rendues dans le ketchup, mes recherches m’apprennent que ce condiment, tout comme la relish, sa cousine, avait été promu en 1981 au titre de légume par la Food and Drug Administration (FDA). Ce geste, dans la foulée de compressions budgétaires de l’administration Reagan, aurait permis de remplacer une portion de légumes frais dans les menus de cantines scolaires par le (plus économique) ketchup, provoquant un tollé du côté des nutritionnistes et des démocrates. 

L’actuel fin gourmet logeant à la Maison-Blanche aurait-il eu le culot de poser un tel geste?…

Orval & the Little Rock Nine

1958. Désolé, le titre de cette chronique n’est aucunement relié à un groupe ou évènement musical.

Ce 8 mai marque le départ des 3 derniers soldats de la Garde nationale de l’État de l’Arkansas  encore en poste pour assurer la protection de neuf étudiants de race noire sur le campus de la Little Rock Central High School.  C’est cette même Garde nationale qui, au début des classes l’automne précédent, avait été mobilisée par le gouverneur Orval E. Faubus* pour bloquer l’accès du lycée d’élite, traditionnellement réservé à une clientèle exclusivement blanche (comme la majorité des institutions de l’époque), à ces étudiants.

Le geste du gouverneur Faubus, un pied de nez à la décision en 1954 de la Cour Suprême des États-Unis (Brown v. Board of Education) rendant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles, force la main au président Eisenhower qui fédéralise la Garde nationale et envoie la 101e division aéroportée avec mission d’escorter et protéger les étudiants noirs à l’école.  Pour illustrer l’enjeu de l’effort d’intégration, le nombre de militaires affectés dans et autour de la Little Rock Central High School dépassera pendant un temps les 1300 têtes.

Mémorial aux Little Rock Nine, devant le Capitol de l’État de l’Arkansas

Nos respects à Minnijean, Elizabeth, Gloria, Melba, Thelma, Ernest, Jefferson, Terrence et Carlotta, membres émérites du Little Rock Nine.

*À ne pas confondre avec la tête d’affiche Alfred E. Newman, créé par Norman Mingo et son immortel slogan ‘’What, me worry?’’ dans le magazine satirique MAD, publié en première le 8 mai 1952