Gorrie, l’homme de glace

1850. En cette journée caniculaire floridienne, le consul de la France reçoit à Apalachicola le gratin local pour une réception soulignant l’anniversaire de la prise de la Bastille.

Or un des invités, le docteur John Gorrie réserve une surprise pour le groupe. ‘’Comme la France a donné en ce 14 juillet (1789) aux citoyens ce qu’ils voulaient, annonce-t-il fièrement, le consul peut aujourd’hui offrir à ses invités ce qu’ils veulent, soit du vin frais!’’ À son signal, des serveurs se présentent avec des bouteilles de vin pétillant sur des plateaux glacés.

Mais où diantre aurait-il pu dénicher de la glace, alors que les stocks venant du nord étaient tous fondus depuis longtemps? Il aurait élaboré un système mécanique de compression pour réfrigérer l’eau au point de congélation.

Confiant de voir ses recherches aboutir, il avait même abandonné la pratique médicale quelques années plus tôt pour se concentrer sur cette invention rafraichissante, telle qu’illustrée ici.

Malgré l’obtention de brevets en Angleterre et aux États-Unis, son appareil manque de fiabilité. Puis son associé meurt, alors que les bailleurs de fonds requis pour le développement gardent leurs distances. La mauvaise presse, nourrie par les entreprises de transport de glace moquant son concept n’aidera pas sa cause non plus.

Yvon Deschamps déclarera qu’il vaut mieux être riche et en santé.  Hélas, ce morceau de sagesse arrivera une centaine d’années trop tard pour le malheureux John Gorrie, mourant pauvre et malade en 1855.

Pourtant, une fin moins pénible aurait été souhaitable pour ce médecin qui aura étudié les maladies tropicales et contribué aux balbutiements de la climatisation en milieu de santé.

Nikola

1856. Aux petites heures de ce 10 juillet, alors qu’un orage fait rage, dame Đuka Mandić, épouse du prêtre orthodoxe serbe Milutin Tesla de Smiljan en Croatie, accouche du petit Nikola.

Génie électrique et de forte personnalité, Nikola Tesla vivra une riche carrière, mais aux fortunes allant et revenant, un peu comme le courant alternatif (AC) qu’il aura défendu, demeurant dans l’ombre d’un rival et longtemps apôtre obstiné du courant continu (DC), son ‘’ami’’ Thomas Edison.

Avec plus de 300 brevets à son actif, mais la main pas toujours heureuse en affaires, Nikola Tesla terminera ses jours reclus, endetté et sous le radar, dans une chambre d’hôtel de New York le 7 janvier 1943.

Imaginez si Elon Musk avait plutôt eu Edison pour inspiration.  Et commettre l’équivalent de la voiture Edsel du XXIe siècle? Ouille…

Ah! comme l’orage a ragé!

Signe d’enfant de la nuit pour grand-mère?

Non, plutôt enfant de la lumière, selon mère.

Or, les deux il aura incarné.

(s’cusez mon moment Nelligan)

Smith le savonneux

1898. Jefferson Randolph Smith II, mieux connu sous le sobriquet ‘’Soapy’’ Smith, voit aujourd’hui sa carrière de chef de gang d’escrocs (et sa vie) se terminer de façon abrupte, lorsqu’abattu sur le quai Juneau de Skagway, en Alaska. Une partie de bonneteau* pour détrousser un mineur de son sac d’or aura provoqué la fusillade.

Pendant une vingtaine d’années, il fait sa marque et sa fortune au Colorado et en Alaska en plumant ses victimes à de multiples jeux de hasard (pas vraiment) de son cru, en plus de s’assurer la bienveillance d’autorités corrompues.  

Son surnom sera acquis par la vente de pains de savon ‘’chanceux’’. De son petit kiosque mobile au bord d’une rue, il feindra d’insérer dans quelques emballages de savon des billets de banque, qu’il retourne, pêle-mêle dans le lot de barres sur sa table et vendues 1$ chacune.

Çà et là, quelques ‘’clients’’, en fait des collaborateurs, affirment avoir acheté une barre chanceuse, mettant les badauds en confiance. Puis, à mi-chemin, lorsque les ventes ralentissent, notre maître charlatan annoncera que LA barre, celle garnie d’un billet de 100$, n’a toujours pas été vendue. Vous devinez la suite.

Un extra avec ça?…   

*ou Find the Lady, un jeu à 3 cartes où il faut deviner laquelle est la reine

Greatest thing since…peanut butter

1928. Ce 7 juillet est un grand jour pour Otto Frederick Rohwedder. Pour un, c’est son anniversaire. Mais la vraie raison pour célébrer aujourd’hui est que la Chillicothe Baking Company, au Missouri, met aujourd’hui en vente le premier pain tranché produit grâce à son invention, une machine à trancher le pain. C’est la révolution dans le monde de la boulangerie!

Son usine ayant été détruite (incluant ses plans et prototypes) onze ans plus tôt, il aura été forcé à reprendre à zéro et mettre les bouchées doubles pour mener à terme son projet de trancheuse (et emballeuse) de pain automatisée.

Enfin, le beurre d’arachides, inventé en 1884 (brevet américain 306727) par le pharmacien montréalais Marcellus Gilmore Edson, pourra enfin s’étendre sur des tranches de pain standardisées.

Voilà de quoi porter une toast tartinée à ces deux héros de la chose culinaire…

La Somme des tragédies

1916. Alors que la bataille de Verdun (non, pas l’arrondissement de Montréal) fait toujours rage entre Français et Allemands, voici que les Britanniques déclenchent en ce beau matin du 1er juillet leur attaque sur les lignes fortifiées allemandes près du fleuve Somme.

Suite à une semaine de bombardements intenses, incluant une orgie de pilonnage dans l’heure précédant le signal, 66 000 soldats se précipitent, en fait non, sortent de leurs tranchées avec ordre de marcher vers l’ennemi, baïonnette au fusil.

On croyait ainsi la première ligne de défense ennemie neutralisée.

Hélas non.

Pour les Allemands, ahuris, ils n’ont qu’à s’en donner à cœur joie à descendre à la mitrailleuse cette masse avançant lentement vers eux, comme des zombies dans un jeu vidéo.

En cette seule journée du 1er juillet, le bilan* de ce carnage se résumera à  21 322 morts et disparus, 35 493 blessés et une poignée (585) de blessés, pour un total de 57 400 mises hors de combat. Bref, la journée la plus meurtrière de l’histoire militaire de la Grande-Bretagne (incluant bien sûr les participations des loyaux sujets de l’Australie, du Canada, Bermudes, etc.

Dire qu’on envoyait des poussins mâles au broyeur pourrait être exagéré, mais bon…

*Tiré de Wikipédia