Thomas Becket, ou la turbulence ecclésiastique interrompue

1170. Il y a à peine 850 ans aujourd’hui, un archevêque de Canterbury du nom de Thomas Becket était assassiné dans sa cathédrale par un quatuor de preux (ou creux) chevaliers ayant interprété l’exaspération de leur bon roi Henri II au premier degré. En effet, ils auraient ouï dire que le roi eut proféré ‘’N’y aurait-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent?’’, ou quelque chose dans le genre…

Il y avait effectivement un sérieux litige entre le souverain et le prélat de l’Église d’Angleterre à propos de l’ascendance de l’État sur l’Église, telle que redéfinie aux dépens de celle-ci dans les Constitutions de Clarendon. Il n’y avait rien de trivial comme affrontement. Les potineux de l’époque auraient également soulevé le refus de l’archevêque, quelques années plus tôt, d’accorder le mariage de Guillaume Plantagenêt, le p’tit frère du roi, avec une Isabelle de Warenne, because consanguinité, ce qui aurait laissé un goût amer dans le palais royal.

Suite à ce fait divers, alors que le roi Henri II se mordait le dedans de la bouche et se repentait publiquement, Thomas Becket devint révéré comme martyr à travers l’Europe, puis rapidement canonisé par le pape Alexandre III.

Les boomers québécois pourraient faire un parallèle entre l’affrontement Henri II vs Thomas Becket et un autre, plus contemporain mais un brin moins sanguinaire, entre l’archevêque de Montréal, le monseigneur Joseph Charbonneau et le premier ministre du Québec Maurice Duplessis en 1949, dans le cadre de la grève d’Asbestos, immortalisée dans les années ’70 par la pièce intitulée ‘Charbonneau et le Chef’, où l’archevêque de Montréal se serait rangé du côté des mineurs grévistes de l’amiante contre le premier ministre.

Et les 4 chevaliers? Reginald FitzUrse, William de Tracy, Richard le Breton et Hugo de Morville, tout en conservant une discrète sympathie du roi, seront excommuniés par le même pape et envoyés en tournée (Croisades). L’histoire ne dit pas s’ils eurent une descendance athlétique douée avec la balle-molle…

Nicolea, You’re Fired!

1989. Après 22 ans et quelques jours de loyaux services (ou sévices, c’est selon) à la présidence de la république socialiste de la Roumanie, c’est une fin de règne abrupte pour Nicolea Ceaușescu.

Suite à une manifestation anti-communiste dans la ville de Timișoara quelques jours plus tôt, où il avait donné ordre à son armée et à la Securitate (sa sympathique police secrète) d’ouvrir le feu sur les manifestants, Ceaușescu organise un grand rassemblement le 21 à Bucarest dans le but de calmer le jeu et mousser l’appui au régime, LIVE devant la télé d’État.

Or, le mouvement de protestation ayant déjà gagné la capitale, son ‘’show de popularité’’ tourne rapidement au vinaigre, alors qu’il doit quitter précipitamment le balcon du Comité central sous les cris répétés de ‘Timișoara!’ et les huées de la foule hostile.

Puis, en ce 22 décembre, alors que les manifestants réussissent à investir le bâtiment du Comité central, le couple Ceaușescu réussit à s’échapper de justesse en hélicoptère du toit de l’édifice. Mais l’armée, dorénavant sympathique à la cause des insurgés, aura tôt fait de les rattraper.

Le 25 décembre, dans un scénario digne des ‘’procès’’ habituellement réservés aux dissidents opposés au régime, le couple sera jugé en moins d’une heure, puis, statut privilégié oblige, transformé en passoire devant la télé par les Kalachnikov du peloton d’exécution.

Día de la Abolición del Ejército

1948. Dans une cérémonie en ce 1er décembre au Cartel Bellavista, le Président José Figueres Ferrer abolit l’armée comme institution permanente, geste qui sera officialisé par l’introduction de l’Article 12 à la Constitution du Costa Rica en 1949.

La conclusion d’une brève guerre civile (44 jours) encore fraîche, certaines sources diront que la motivation de Figueres d’abolir l’armée aura été d’éviter un potentiel coup d’état de la junte militaire. N’empêche, le Costa Rica aura depuis constitué la démocratie la plus stable de l’Amérique Centrale, sans guerres civiles, et un des rares pays au monde sans armée conventionnelle.

Puis en 1986, dans cet édifice du Cartel Bellavista, converti en musée national, le président Oscar Arias Sanchez proclamera le 1er décembre la  Día de la Abolición del Ejército (jour de l’abolition militaire). Félicitations à la République du Costa Rica, mais fêtez ça en famille, COVID oblige…

Et si notre premier ministre s’inspirait du Costa Rica? Comme ça, on pourrait mettre un terme à la fâcheuse propension à se procurer, à vil prix, des serpuariens des autres? On jase…