Día de la Abolición del Ejército

1948. Dans une cérémonie en ce 1er décembre au Cartel Bellavista, le Président José Figueres Ferrer abolit l’armée comme institution permanente, geste qui sera officialisé par l’introduction de l’Article 12 à la Constitution du Costa Rica en 1949.

La conclusion d’une brève guerre civile (44 jours) encore fraîche, certaines sources diront que la motivation de Figueres d’abolir l’armée aura été d’éviter un potentiel coup d’état de la junte militaire. N’empêche, le Costa Rica aura depuis constitué la démocratie la plus stable de l’Amérique Centrale, sans guerres civiles, et un des rares pays au monde sans armée conventionnelle.

Puis en 1986, dans cet édifice du Cartel Bellavista, converti en musée national, le président Oscar Arias Sanchez proclamera le 1er décembre la  Día de la Abolición del Ejército (jour de l’abolition militaire). Félicitations à la République du Costa Rica, mais fêtez ça en famille, COVID oblige…

Et si notre premier ministre s’inspirait du Costa Rica? Comme ça, on pourrait mettre un terme à la fâcheuse propension à se procurer, à vil prix, des serpuariens des autres? On jase…

Journée des villes pour la vie

1786. On célèbre (discrètement) aujourd’hui l’anniversaire de la promulgation de la réforme du Code pénal abolissant, à Florence, la peine capitale par le grand-duc Léopold 1er de Toscane. Léo en profite également pour ordonner la destruction des instruments de torture et d’exécution.

Pour la petite bio, Peter Léopold Joseph Anton Joachim Pius Gotthard von Habsburg-Lothringen, un grand fan de la physiocratie et un souverain progressiste pour son temps, peinera à transposer, quelques années plus tard ses idéaux de société dans le rôle élargi (et bref) de Léopold II, Empereur du Saint Empire et Roi des Romains.

De toute évidence, il n’aura surtout pas touché le cœur de ses voisins français, à l’aube de leur révolution sanglante.

Encore aujourd’hui, l’abolition de la peine capitale (et de la torture) demeure un concept abstrait, sinon un pénible Work-In-Progress un peu partout dans le monde…

Cosby vs liberté de presse

1735. C’est la conclusion ces jours-ci de la poursuite en diffamation intentée par William S. Cosby, gouverneur de la Colonie de New York, contre John Peter Zenger, l’éditeur du New York Weekly Journal, une publication hebdomadaire, vous l’aurez deviné, critique envers le gouverneur.

Contre toute attente (et surtout contre les recommandations du juge en chef), la brillante défense présentée par Andrew Hamilton, un avocat de Philadelphie venu en relève d’avocats disqualifiés par la Cour, parviendra à convaincre le jury de prononcer, après à peine 10 minutes de délibérations, un verdict de non-culpabilité envers l’accusé Zenger, en tôle depuis une trentaine de semaines, soit depuis le début des procédures légales.

Il est bon de noter que la common law britannique de l’époque n’acceptait pas la vérité comme argument de défense face à une accusation de libelle séditieux, considérant qu’une information véridique pouvait s’avérer plus dangereuse que le mensonge, parce que plus croyable (…).

Ce procès marquera la victoire de la vérité, mais surtout de la liberté de la presse et de l’éventuelle inclusion du premier amendement de la Constitution des États-Unis.

La source de la poursuite résidait dans des articles très peu flatteurs publiés dans le New York Weekly Journal envers le gouverneur Cosby, l’accusant de mauvaise gestion, de fraude, de corruption, de cupidité, etc. Parmi les auteurs des textes, souvent anonymes, on y retrouve l’ancien juge en chef Lewis Morris, démis de son poste par Cosby et remplacé par un fidèle de ce dernier, James DeLancey, lequel, ironiquement, présidera le procès.

Près de trois siècles plus tard, que penser des états d’âme de l’actuel locataire de la Maison-Blanche face à cette presse ‘’diffamatoire et mensongère’’ s’acharnant sur lui?   

Gorrie, l’homme de glace

1850. En cette journée caniculaire floridienne, le consul de la France reçoit à Apalachicola le gratin local pour une réception soulignant l’anniversaire de la prise de la Bastille.

Or un des invités, le docteur John Gorrie réserve une surprise pour le groupe. ‘’Comme la France a donné en ce 14 juillet (1789) aux citoyens ce qu’ils voulaient, annonce-t-il fièrement, le consul peut aujourd’hui offrir à ses invités ce qu’ils veulent, soit du vin frais!’’ À son signal, des serveurs se présentent avec des bouteilles de vin pétillant sur des plateaux glacés.

Mais où diantre aurait-il pu dénicher de la glace, alors que les stocks venant du nord étaient tous fondus depuis longtemps? Il aurait élaboré un système mécanique de compression pour réfrigérer l’eau au point de congélation.

Confiant de voir ses recherches aboutir, il avait même abandonné la pratique médicale quelques années plus tôt pour se concentrer sur cette invention rafraichissante, telle qu’illustrée ici.

Malgré l’obtention de brevets en Angleterre et aux États-Unis, son appareil manque de fiabilité. Puis son associé meurt, alors que les bailleurs de fonds requis pour le développement gardent leurs distances. La mauvaise presse, nourrie par les entreprises de transport de glace moquant son concept n’aidera pas sa cause non plus.

Yvon Deschamps déclarera qu’il vaut mieux être riche et en santé.  Hélas, ce morceau de sagesse arrivera une centaine d’années trop tard pour le malheureux John Gorrie, mourant pauvre et malade en 1855.

Pourtant, une fin moins pénible aurait été souhaitable pour ce médecin qui aura étudié les maladies tropicales et contribué aux balbutiements de la climatisation en milieu de santé.

Nikola

1856. Aux petites heures de ce 10 juillet, alors qu’un orage fait rage, dame Đuka Mandić, épouse du prêtre orthodoxe serbe Milutin Tesla de Smiljan en Croatie, accouche du petit Nikola.

Génie électrique et de forte personnalité, Nikola Tesla vivra une riche carrière, mais aux fortunes allant et revenant, un peu comme le courant alternatif (AC) qu’il aura défendu, demeurant dans l’ombre d’un rival et longtemps apôtre obstiné du courant continu (DC), son ‘’ami’’ Thomas Edison.

Avec plus de 300 brevets à son actif, mais la main pas toujours heureuse en affaires, Nikola Tesla terminera ses jours reclus, endetté et sous le radar, dans une chambre d’hôtel de New York le 7 janvier 1943.

Imaginez si Elon Musk avait plutôt eu Edison pour inspiration.  Et commettre l’équivalent de la voiture Edsel du XXIe siècle? Ouille…

Ah! comme l’orage a ragé!

Signe d’enfant de la nuit pour grand-mère?

Non, plutôt enfant de la lumière, selon mère.

Or, les deux il aura incarné.

(s’cusez mon moment Nelligan)

Smith le savonneux

1898. Jefferson Randolph Smith II, mieux connu sous le sobriquet ‘’Soapy’’ Smith, voit aujourd’hui sa carrière de chef de gang d’escrocs (et sa vie) se terminer de façon abrupte, lorsqu’abattu sur le quai Juneau de Skagway, en Alaska. Une partie de bonneteau* pour détrousser un mineur de son sac d’or aura provoqué la fusillade.

Pendant une vingtaine d’années, il fait sa marque et sa fortune au Colorado et en Alaska en plumant ses victimes à de multiples jeux de hasard (pas vraiment) de son cru, en plus de s’assurer la bienveillance d’autorités corrompues.  

Son surnom sera acquis par la vente de pains de savon ‘’chanceux’’. De son petit kiosque mobile au bord d’une rue, il feindra d’insérer dans quelques emballages de savon des billets de banque, qu’il retourne, pêle-mêle dans le lot de barres sur sa table et vendues 1$ chacune.

Çà et là, quelques ‘’clients’’, en fait des collaborateurs, affirment avoir acheté une barre chanceuse, mettant les badauds en confiance. Puis, à mi-chemin, lorsque les ventes ralentissent, notre maître charlatan annoncera que LA barre, celle garnie d’un billet de 100$, n’a toujours pas été vendue. Vous devinez la suite.

Un extra avec ça?…   

*ou Find the Lady, un jeu à 3 cartes où il faut deviner laquelle est la reine

Greatest thing since…peanut butter

1928. Ce 7 juillet est un grand jour pour Otto Frederick Rohwedder. Pour un, c’est son anniversaire. Mais la vraie raison pour célébrer aujourd’hui est que la Chillicothe Baking Company, au Missouri, met aujourd’hui en vente le premier pain tranché produit grâce à son invention, une machine à trancher le pain. C’est la révolution dans le monde de la boulangerie!

Son usine ayant été détruite (incluant ses plans et prototypes) onze ans plus tôt, il aura été forcé à reprendre à zéro et mettre les bouchées doubles pour mener à terme son projet de trancheuse (et emballeuse) de pain automatisée.

Enfin, le beurre d’arachides, inventé en 1884 (brevet américain 306727) par le pharmacien montréalais Marcellus Gilmore Edson, pourra enfin s’étendre sur des tranches de pain standardisées.

Voilà de quoi porter une toast tartinée à ces deux héros de la chose culinaire…

La Somme des tragédies

1916. Alors que la bataille de Verdun (non, pas l’arrondissement de Montréal) fait toujours rage entre Français et Allemands, voici que les Britanniques déclenchent en ce beau matin du 1er juillet leur attaque sur les lignes fortifiées allemandes près du fleuve Somme.

Suite à une semaine de bombardements intenses, incluant une orgie de pilonnage dans l’heure précédant le signal, 66 000 soldats se précipitent, en fait non, sortent de leurs tranchées avec ordre de marcher vers l’ennemi, baïonnette au fusil.

On croyait ainsi la première ligne de défense ennemie neutralisée.

Hélas non.

Pour les Allemands, ahuris, ils n’ont qu’à s’en donner à cœur joie à descendre à la mitrailleuse cette masse avançant lentement vers eux, comme des zombies dans un jeu vidéo.

En cette seule journée du 1er juillet, le bilan* de ce carnage se résumera à  21 322 morts et disparus, 35 493 blessés et une poignée (585) de blessés, pour un total de 57 400 mises hors de combat. Bref, la journée la plus meurtrière de l’histoire militaire de la Grande-Bretagne (incluant bien sûr les participations des loyaux sujets de l’Australie, du Canada, Bermudes, etc.

Dire qu’on envoyait des poussins mâles au broyeur pourrait être exagéré, mais bon…

*Tiré de Wikipédia

La Noche Triste

1520. À Mexico-Tenochtitlan, l’esprit n’est définitivement pas à la fête en cette nuit du 30 juin pour le conquistador Fernando Cortés de Monroy Pizarro Altamirano (ou pour faire simple, Hernán Cortés). À peine revenu d’une expédition à Veracruz, où il a défait une expédition envoyée par le gouverneur de Cuba pour le mettre en état d’arrestation, notre ami Fernand et ses hommes doivent prestement lever les feutres face à la révolte des Aztèques.

Ayant laissé les rênes pendant son absence à son bras gauche Pedro de Alvarado, ce dernier, peut-être un brin parano, avait procédé au massacre de plusieurs membres de l’aristocratie locale soupçonnés de complot. Mauvaise idée.

Or il est bon de préciser ici que Mexico-Tenochtitlan, la capitale de l’empire aztèque est construite sur une île du lac Texcoco (aujourd’hui presque totalement asséché). Faute de ponts, détruits par les Aztèques, les fuyards espagnols doivent se servir d’embarcations inadéquates pour soutenir en plus le poids de leurs armes, mais surtout l’or pillé de la cité depuis leur arrivée. Plusieurs périront noyés ou tués par leurs poursuivants.

La rive atteinte, dans un moment d’émotion lors d’une pause au pied d’un cyprès, Cortés aurait selon la légende pleuré la fin tragique de plusieurs compagnons, d’où la Triste Nuit.

Mais n’ayez crainte, il s’en remettra rapidement, reviendra en force un an plus tard, assiègera Tenochtitlan et remportera de façon définitive, signifiant la fin de l’empire aztèque.

Il n’a évidemment été question jusqu’ici que de tristesse espagnole. Pourtant, du côté mexicain faut-il souligner la mort durant cette révolte du roi, puis otage Moctezuma II, de Mexico-Tenochtitlan.

Pendant ce temps à Saint-Malo, fraîchement marié à Catherine, fille de Jacques des Granges, Jacques Cartier n’a peut-être pas encore réalisé qu’il irait découvrir, quatorze ans plus tard, le Canada. Hélas, il ne naviguera pas à l’envers de l’hiver…

Je suis un beignet

1963. Non, ce n’est pas une citation de Homer Simpson, mais bien de John Fitzgerald Kennedy lors d’un discours devant une imposante foule de Berlinois aux abords du Mur de Berlin en ce 25 juin.

En fait, le titre de cette chronique n’est qu’une amusante interprétation entre un gentilé (Berlinois) et un mets populaire (beignet fourré) identifié à sa localité d’origine. Par exemple, une Niçoise pourrait à la fois être une gente dame habitant la populaire commune de Nice, sur la Côte d’Azur, ou une salade; les deux pourraient être délicieuses, mais ici n’est pas le but de la chronique.

Alors que la guerre froide bat son plein, le président américain vient renforcer le support des États-Unis en cette enclave de Berlin Ouest, menacée d’étranglement par le blocus imposé par le régime soviétique.

Il y déclare: « Il y a 2 000 ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire civis romanus sum (« je suis citoyen romain »). Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner. […] Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont des citoyens de Berlin. Par conséquent, en tant qu’homme libre, je suis fier de prononcer ces mots : Ich bin ein Berliner! » (« je suis un Berlinois »)

Aujourd’hui, dans un contexte facilement qualifiable d’annus* horribilis, pourrions-nous fièrement déclarer: civis americanus sum?…

*à ne pas confondre avec la version au ‘’n’’ unique, n’en déplaise à mon correcteur Antidote.