Ermächtigungsgeset

1933. Pour accepter le poste de chancelier du Reich, ’’offert’’ par le président Paul von Hindenburg le 30 janvier précédent, Adolf Hitler avait exigé de nouvelles élections législatives dans les plus brefs délais, question de gonfler la représentation nazie au Reichstag, le parlement allemand.

 Malgré une campagne ‘’démocratique’’ fortement teintée d’intimidation et de propagande, l’ensemble des partis d’extrême droite et de droite n’auraient atteint que la majorité simple lors des élections du 5 mars.  Pour un aspirant à la dictature, ce n’était pas suffisant pour lui donner les coudées franches.

Voilà donc, c’est la loi d’habilitation ou loi des pleins pouvoirs (le titre coiffant cette chronique) qu’Adolf Hitler réussit aujourd’hui à faire adopter, lui assurant les pleins pouvoirs pour régner par décrets, donc réduisant le Reichstag en un club de faire-valoir. Ce qui fera dire à Joseph Goebbels, son ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande quelques jours plus tard, ‘’maintenant nous sommes les maîtres’’. Techniquement une loi d’exception à portée limitée, le Führer se l’appropriera en permanence et s’en servira à toutes les sauces jusqu’à la toute fin de son règne, absolu.

Dans des moments de crise, comme celle que nous connaissons présentement à l’échelle planétaire avec la COVID-19, il est normal de voir des gouvernements adopter des lois d’exception, ou des mesures d’urgence. Nous ne devrions pas avoir à craindre des aspirations de nos dirigeants, sauf bien sûr pour ce qui est du (très) sympathique président au sud de notre frontière…

de remontrance à 1er amendement

1657. Il y a 362 ans aujourd’hui, le directeur général de la Nouvelle-Néerlande, Pieter Stuyvesant, recevait une pétition signée d’une trentaine de ses commettants de la commune de Flushing (originalement nommée Vlissigen, puis Vlishing) l’enjoignant de revenir sur sa décision d’interdire les cultes autres que celle de l’Église réformée néerlandaise. 

Quoique d’initiative de gens de sa propre confession réformiste, le but de cette pétition, la remontrance de Flushing, tentait surtout de mettre un terme à toute forme de persécution à l’égard des pratiques religieuses des fidèles de l’organisation des Quakers. Suite à son refus, Stuyvesant se verra contraint par ses patrons de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales à abandonner son intolérance religieuse quelques années plus tard, en 1663, un peu avant la prise de contrôle du territoire par les Britanniques l’année suivante.

Cette pétition, la remontrance de Flushing est réputée être l’inspiration du premier amendement à la constitution américaine, soit ‘’Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice…’’, adoptée le 15 décembre 1791.

Flushing (aucun lien avec Tirant-la-Chasse), dans l’arrondissement de Queens et à proximité de l’aéroport LaGuardia (New York), après avoir été le site des expositions internationales de 1939 et 1964 (deux flops commerciaux), abrite aujourd’hui le parc Flushing Meadows, site depuis 1978 du US Open, tournoi grand chelem de tennis.

Quant à Pieter ou Peter Stuyvesant, sa mémoire partira en fumée à la fin du XXe siècle.  Ici, les post-boomers risquent de ne pas comprendre…

Échos de la pouponnière – Leo

1863. Souhaitons aujourd’hui la bienvenue en ce monde au petit Leo Hendrik Baekeland, fils de cordonnier à Gand, Belgique. 

Doué en chimie, physique et mathématique, il obtient un doctorat en sciences naturelles.  Émigré aux USA, il se fera d’abord connaître pour le développement et la commercialisation d’un papier photographique appelé Velox, qui sera acheté par Eastman Kodak.

Mais c’est surtout le produit de cette vente qui l’aidera à financer ses recherches sur les matières plastiques, aboutissant à la création de l’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol, un polymère thermodurcissable.  Pour faire simple, le nom adopté pour le brevet et la commercialisation sera la Bakélite (Bakelite).

Ce ne sera rien de moins qu’une révolution, avec des applications multiples pour ce matériau moulé non conducteur, pouvant autant imiter le métal que le bois ou l’ivoire, tels que boîtiers de téléphones, radios, isolants électriques, boules de billard, même la ‘’Rickenbacker 1935 Bakelite Model B Spanish guitar’’.    Et pour les plus jeunes qui n’ont pas connu le XXe siècle, allez faire un tour à la salle de bains; le pommeau de douche et plusieurs autres accessoires sont fort probablement des produits d’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol.

Surnommé le père de l’industrie du plastique avec plus d’une centaine de brevets à son actif et plusieurs milliers de produits issus d’anhydrure de polyoxybenzylméthylèneglycol (merci à la fonction copier-coller), Leo a finalement élu domicile en 1944, bien malgré lui, au cimetière de Sleepy Hollow, dans la ville de Mount Pleasant, aux abords de la rivière Hudson (NY).

Visite nocturne au Musée

1972. Peu après minuit ce 4 septembre, trois visiteurs pénètrent par une lucarne en réparation (donc non reliée à un système d’alarme) du toit du Musée des beaux-arts de Montréal pour ‘’magasiner’’ tableaux et autres œuvres d’art.

Ayant rapidement neutralisé les gardes de sécurité, ils font le tour et rassemblent de nombreux souvenirs pour emporter.  Or, repartir avec le butin en empruntant le même chemin qu’à l’arrivée ne sourit plus à nos voleurs, qui auraient à remonter la corde jusqu’à la lucarne, 15 mètres plus haut, puis redescendre du toit du musée par une échelle. Avec les clefs récupérées d’un des gardes, ils estiment qu’il serait plus aisé de sortir par une porte de service, confortablement installés dans un camion du musée. Or l’ouverture de ladite porte déclenche cette fois le système d’alarme. Surpris, les voleurs s’envolent à pied avec un total de 18 tableaux (surtout de petite taille) et divers bijoux et autres cossins.

Personnellement, je n’avais aucun souvenir de ce fait divers, qui on s’entend n’avait rien d’un scénario à la Thomas Crown. Il est vrai qu’en ce week-end de la Fête du Travail, les médias n’en avaient (avec raison) que pour la tragédie du Blue Bird, un incendie criminel ayant fait 37 victimes quelques jours plus tôt, la Série du Siècle au hockey, à peine entamée, puis le massacre à venir aux Jeux olympiques de Munich.

Sûr que Claude Poirier aurait aimé travailler à la recherche des ‘dividus avec Renée Russo…

de sang, sueur et larmes

What goes up, must come down, Spinning wheel got to go round, Talkin’ ’bout your troubles, it’s a cryin’ sin…”

Les boomers parmi vous auront sûrement reconnu les premières lignes de ‘’Spinning Wheel’’, un gros succès de 1968 du groupe Blood, Sweat & Tears, sûrement un clin d’œil avec un personnage marquant du XXe siècle.

1940. En fait, c’est en ce 13 mai, quelques jours après avoir pris la relève de Neville Chamberlain à titre de premier ministre du Royaume-Uni, que Winston Churchill livre un de ses mémorables discours à la Chambre des communes:

’… je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.  Vous me demandez, quelle est notre politique? Je vous dirais : c’est faire la guerre sur mer, sur terre et dans les airs, de toute notre puissance et de toutes les forces que Dieu pourra nous donner.’’

Le bonhomme tiendra parole et viendra, en 5 ans, à bout des forces de l’Axe.  Avec un peu d’aide de ses amis, bien sûr…

Pourrions-nous imaginer le voir portant une casquette MEGA (ou MGBA) sur le coco? Not a bloody chance!  

La tomate au tribunal

1893. Les annales des cours de justice foisonnent de causes initiées par l’interprétation lexicale des choses, comme l’illustre l’affaire Nix v. Hedden chez nos amis du Sud.

C’est par une décision unanime que les juges de la Cour suprême des États-Unis, présidée par l’honorable Horace Gray, statuent en ce 10 mai que malgré sa définition botanique, la tomate doit être reconnue comme un légume, telle que toujours considérée dans le langage populaire.

La source du litige est l’introduction, dix ans plus tôt, d’une loi douanière imposant des droits sur l’importation de légumes, mais pour une raison qui m’échappe, pas sur les fruits.

La plaignante, la John Nix & Co., importatrice majeure de fruits et légumes de New York, contestant les droits douaniers exigés pour ses tomates, soumet à la cour comme évidence la définition de la tomate, telle que décrite dans les dictionnaires Webster, Worcester et Imperial.  

Le défendeur, Edward L. Hedden, trésorier du port de New York, responsable de la collecte des tarifs, se sert des mêmes dictionnaires pour démontrer que des équivalents tels la courge, le concombre et le poivron sont également définis comme fruits, mais tous perçus comme légumes.

La plaignante revient à la charge en soumettant d’autres légumes, toujours tirés des mêmes dictionnaires, comme le haricot, la patate et la carotte. Alors là je ne sais trop où la poursuite voulait en venir avec ces nouveaux ‘’témoins’’, mais de toute évidence, elle a fait chou blanc.

On sait tous aujourd’hui que la tomate n’a pas sa place dans une salade de fruits, à moins bien sûr de convertir cette dernière en ketchup.

Puisque rendues dans le ketchup, mes recherches m’apprennent que ce condiment, tout comme la relish, sa cousine, avait été promu en 1981 au titre de légume par la Food and Drug Administration (FDA). Ce geste, dans la foulée de compressions budgétaires de l’administration Reagan, aurait permis de remplacer une portion de légumes frais dans les menus de cantines scolaires par le (plus économique) ketchup, provoquant un tollé du côté des nutritionnistes et des démocrates. 

L’actuel fin gourmet logeant à la Maison-Blanche aurait-il eu le culot de poser un tel geste?…

Orval & the Little Rock Nine

1958. Désolé, le titre de cette chronique n’est aucunement relié à un groupe ou évènement musical.

Ce 8 mai marque le départ des 3 derniers soldats de la Garde nationale de l’État de l’Arkansas  encore en poste pour assurer la protection de neuf étudiants de race noire sur le campus de la Little Rock Central High School.  C’est cette même Garde nationale qui, au début des classes l’automne précédent, avait été mobilisée par le gouverneur Orval E. Faubus* pour bloquer l’accès du lycée d’élite, traditionnellement réservé à une clientèle exclusivement blanche (comme la majorité des institutions de l’époque), à ces étudiants.

Le geste du gouverneur Faubus, un pied de nez à la décision en 1954 de la Cour Suprême des États-Unis (Brown v. Board of Education) rendant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles, force la main au président Eisenhower qui fédéralise la Garde nationale et envoie la 101e division aéroportée avec mission d’escorter et protéger les étudiants noirs à l’école.  Pour illustrer l’enjeu de l’effort d’intégration, le nombre de militaires affectés dans et autour de la Little Rock Central High School dépassera pendant un temps les 1300 têtes.

Mémorial aux Little Rock Nine, devant le Capitol de l’État de l’Arkansas

Nos respects à Minnijean, Elizabeth, Gloria, Melba, Thelma, Ernest, Jefferson, Terrence et Carlotta, membres émérites du Little Rock Nine.

*À ne pas confondre avec la tête d’affiche Alfred E. Newman, créé par Norman Mingo et son immortel slogan ‘’What, me worry?’’ dans le magazine satirique MAD, publié en première le 8 mai 1952

Quand une loi d’indemnisation provoque émeute et destruction

Archives municipales de Montréal

1849. Place d’Youville, les loyalistes anglos de Montréal sont en furie et convergent sur le Parlement du Canada-Uni, logeant au marché Ste-Anne. Dans le tumulte, un incendie se déclare, les émeutiers sabotent le travail des sapeurs et l’édifice sera emporté par les flammes*.

Mais que diantre a pu provoquer un tel scénario destructeur? 

Tout a débuté avec un controversé projet de loi pour indemniser les personnes dans le (jadis) Bas-Canada, dont les propriétés ont été détruites durant la rébellion des Patriotes de 1837-1838.  Celui-ci, proposé par le co-premier ministre réformiste Louis-Hyppolite La Fontaine (l’autre ‘’co’’ étant son pote Robert Baldwin), est inspiré d’une loi similaire préalablement adoptée dans le Haut-Canada quelques années plus tôt. C’est une opportunité symbolique de reconnaître également les droits des Canadiens français dans les deux Canadas.

Malgré l’opposition viscérale des tories, y voyant là une forme de ‘récompense’ autant aux méchants rebelles qu’aux loyaux sujets lésés de sa Majesté, le projet de loi est adopté. On pourrait débattre longtemps à savoir qui des rebelles ou des forces royales armées ont causé le plus de dommages, mais bon… Le dernier mot revient au gouverneur général, lord Elgin, qui contre toute attente, y donnera la sanction royale.

Blessé au Bas-du-corps, le Parlement siégera temporairement au marché Bonsecours et dans d’autres locaux. Montréal perdra ainsi son statut de capitale, alors que le Parlement passera en mode d’itinérance, passant en alternance pendant quelques années de Toronto à Québec, au déplaisir quasi unanime des parlementaires et des bureaucrates.  On finira éventuellement par s’entendre sur Bytown (ou Ottawa), un site neutre, bilingue et, pourquoi pas, bucolique sur la rivière des Outaouais, aux limites des deux provinces, pour ériger un site permanent au Parliament of Canada.

2019. Suite aux sautes d’humeur devenues routinières de mère Nature, il sera intéressant de voir ce que le premier ministre François Legault aura à offrir comme loi d’indemnisation aux victimes de crues printanières des eaux. À sa décharge, il aura eu à se faire les dents avec un autre programme d’indemnisation, celui-ci avec les détenteurs de permis de taxis…

* vous pouvez voir un intéressant clip sur l’évènement ci-dessous.  Désolé, je n’ai pu trouver de version française…

Nipplegate au XXXVIII

2004. Au moment où les vrais fans de foot profitent du moment de répit pour aller faire le vide et/ou le plein de fluides divers, LE scandale qui secouera à jamais la prude Amérique se joue LIVE à la télé.  Pendant une demie seconde, on aura droit à la révélation d’un peircing à un endroit du corps habituellement réservé pour abreuver un nourrisson, ou faire saliver un cochon.  C’est selon.

Dénoncée et ostracisée pour ce geste indécent, la pauvre Janet passera d’icône pop à la référence pour la nouvelle appellation ‘’incident de garde-robe’’ (wardrobe malfunction) où elle y passera probablement le reste de ses jours.

Pendant ce temps, le toton qui aura arraché la pièce de vêtement se tire très, très bien d’affaires et connaît un franc succès.  Il reviendra d’ailleurs comme tête d’affiche lors du spectacle de la mi-temps de la cuvée LII du Super Bowl, en 2018.

Pourrions-nous envisager un inversement des destins si Janet avait accidentellement exposé les bijoux de Justin?…

P.S.: Patriots 32 – Panthers 29

P.P.S.: Désolé, pas de photo, cette chronique voulant demeurer décente…

Are We The World?

1985. Inspiré par le succès remporté plus tôt par le groupe Band Aid avec la chanson Do They Know It’s Christmas?, Harry Belafonte lance l’idée et parvient à réunir près d’une cinquantaine d’artistes et d’artisans, formant pour l’occasion le collectif USA for Africa (United Support of Artists for Africa) dans un studio de la compagnie A&M à Hollywood pour enregistrer une chanson composée à peine quelques jours plus tôt par Michael Jackson et Lionel Richie.

Dès sa sortie, le 7 mars suivant, We Are The World est un succès international instantané. 

Sur le site de USA for Africa on souligne qu’en ce 33e anniversaire, les sommes recueillies pour combattre la famine en Afrique et en Amérique (…) ont franchi le seuil des 100 millions de dollars.  Si l’on répartit ce montant également sur les 12 053 jours écoulés depuis ce 28 janvier 1985, on retrouve une moyenne de 8 300$ amassés par jour, des grenailles, comparées au budget de la défense américaine en 2019, dont la moyenne quotidienne oscille autour de 2 milliards.  Triste. 

On ne pourrait pas oublier l’extraordinaire prestation d’André-Philippe Gagnon, imitant chacun des artistes du tube original.  Puis Il y a quelques années, Les Guignols de L’Info ont pondu une parodie de la chanson, intitulée  We F… The World.  Vulgaire, mais…