Orval & the Little Rock Nine

1958. Désolé, le titre de cette chronique n’est aucunement relié à un groupe ou évènement musical.

Ce 8 mai marque le départ des 3 derniers soldats de la Garde nationale de l’État de l’Arkansas  encore en poste pour assurer la protection de neuf étudiants de race noire sur le campus de la Little Rock Central High School.  C’est cette même Garde nationale qui, au début des classes l’automne précédent, avait été mobilisée par le gouverneur Orval E. Faubus* pour bloquer l’accès du lycée d’élite, traditionnellement réservé à une clientèle exclusivement blanche (comme la majorité des institutions de l’époque), à ces étudiants.

Le geste du gouverneur Faubus, un pied de nez à la décision en 1954 de la Cour Suprême des États-Unis (Brown v. Board of Education) rendant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles, force la main au président Eisenhower qui fédéralise la Garde nationale et envoie la 101e division aéroportée avec mission d’escorter et protéger les étudiants noirs à l’école.  Pour illustrer l’enjeu de l’effort d’intégration, le nombre de militaires affectés dans et autour de la Little Rock Central High School dépassera pendant un temps les 1300 têtes.

Mémorial aux Little Rock Nine, devant le Capitol de l’État de l’Arkansas

Nos respects à Minnijean, Elizabeth, Gloria, Melba, Thelma, Ernest, Jefferson, Terrence et Carlotta, membres émérites du Little Rock Nine.

*À ne pas confondre avec la tête d’affiche Alfred E. Newman, créé par Norman Mingo et son immortel slogan ‘’What, me worry?’’ dans le magazine satirique MAD, publié en première le 8 mai 1952

Quand une loi d’indemnisation provoque émeute et destruction

Archives municipales de Montréal

1849. Place d’Youville, les loyalistes anglos de Montréal sont en furie et convergent sur le Parlement du Canada-Uni, logeant au marché Ste-Anne. Dans le tumulte, un incendie se déclare, les émeutiers sabotent le travail des sapeurs et l’édifice sera emporté par les flammes*.

Mais que diantre a pu provoquer un tel scénario destructeur? 

Tout a débuté avec un controversé projet de loi pour indemniser les personnes dans le (jadis) Bas-Canada, dont les propriétés ont été détruites durant la rébellion des Patriotes de 1837-1838.  Celui-ci, proposé par le co-premier ministre réformiste Louis-Hyppolite La Fontaine (l’autre ‘’co’’ étant son pote Robert Baldwin), est inspiré d’une loi similaire préalablement adoptée dans le Haut-Canada quelques années plus tôt. C’est une opportunité symbolique de reconnaître également les droits des Canadiens français dans les deux Canadas.

Malgré l’opposition viscérale des tories, y voyant là une forme de ‘récompense’ autant aux méchants rebelles qu’aux loyaux sujets lésés de sa Majesté, le projet de loi est adopté. On pourrait débattre longtemps à savoir qui des rebelles ou des forces royales armées ont causé le plus de dommages, mais bon… Le dernier mot revient au gouverneur général, lord Elgin, qui contre toute attente, y donnera la sanction royale.

Blessé au Bas-du-corps, le Parlement siégera temporairement au marché Bonsecours et dans d’autres locaux. Montréal perdra ainsi son statut de capitale, alors que le Parlement passera en mode d’itinérance, passant en alternance pendant quelques années de Toronto à Québec, au déplaisir quasi unanime des parlementaires et des bureaucrates.  On finira éventuellement par s’entendre sur Bytown (ou Ottawa), un site neutre, bilingue et, pourquoi pas, bucolique sur la rivière des Outaouais, aux limites des deux provinces, pour ériger un site permanent au Parliament of Canada.

2019. Suite aux sautes d’humeur devenues routinières de mère Nature, il sera intéressant de voir ce que le premier ministre François Legault aura à offrir comme loi d’indemnisation aux victimes de crues printanières des eaux. À sa décharge, il aura eu à se faire les dents avec un autre programme d’indemnisation, celui-ci avec les détenteurs de permis de taxis…

* vous pouvez voir un intéressant clip sur l’évènement ci-dessous.  Désolé, je n’ai pu trouver de version française…

Nipplegate au XXXVIII

2004. Au moment où les vrais fans de foot profitent du moment de répit pour aller faire le vide et/ou le plein de fluides divers, LE scandale qui secouera à jamais la prude Amérique se joue LIVE à la télé.  Pendant une demie seconde, on aura droit à la révélation d’un peircing à un endroit du corps habituellement réservé pour abreuver un nourrisson, ou faire saliver un cochon.  C’est selon.

Dénoncée et ostracisée pour ce geste indécent, la pauvre Janet passera d’icône pop à la référence pour la nouvelle appellation ‘’incident de garde-robe’’ (wardrobe malfunction) où elle y passera probablement le reste de ses jours.

Pendant ce temps, le toton qui aura arraché la pièce de vêtement se tire très, très bien d’affaires et connaît un franc succès.  Il reviendra d’ailleurs comme tête d’affiche lors du spectacle de la mi-temps de la cuvée LII du Super Bowl, en 2018.

Pourrions-nous envisager un inversement des destins si Janet avait accidentellement exposé les bijoux de Justin?…

P.S.: Patriots 32 – Panthers 29

P.P.S.: Désolé, pas de photo, cette chronique voulant demeurer décente…

Are We The World?

1985. Inspiré par le succès remporté plus tôt par le groupe Band Aid avec la chanson Do They Know It’s Christmas?, Harry Belafonte lance l’idée et parvient à réunir près d’une cinquantaine d’artistes et d’artisans, formant pour l’occasion le collectif USA for Africa (United Support of Artists for Africa) dans un studio de la compagnie A&M à Hollywood pour enregistrer une chanson composée à peine quelques jours plus tôt par Michael Jackson et Lionel Richie.

Dès sa sortie, le 7 mars suivant, We Are The World est un succès international instantané. 

Sur le site de USA for Africa on souligne qu’en ce 33e anniversaire, les sommes recueillies pour combattre la famine en Afrique et en Amérique (…) ont franchi le seuil des 100 millions de dollars.  Si l’on répartit ce montant également sur les 12 053 jours écoulés depuis ce 28 janvier 1985, on retrouve une moyenne de 8 300$ amassés par jour, des grenailles, comparées au budget de la défense américaine en 2019, dont la moyenne quotidienne oscille autour de 2 milliards.  Triste. 

On ne pourrait pas oublier l’extraordinaire prestation d’André-Philippe Gagnon, imitant chacun des artistes du tube original.  Puis Il y a quelques années, Les Guignols de L’Info ont pondu une parodie de la chanson, intitulée  We F… The World.  Vulgaire, mais…

Un loyer record

1759. Un peu à l’étroit dans ses locaux à Leixlip, dans le comté de Kildare,  le brasseur irlandais Arthur Guinness trouve un site à Dublin, une vieille brasserie en désuétude, la St. James’s Gate Brewery pour étendre ses opérations.

Son proprio exige une avance de 100£, assortie d’un loyer annuel de 45£ pour le site.  Atteint sûrement d’un optimisme délirant, Guinness fait ajouter au bail une durée de 9 000 ans, toujours au même tarif fixe.  L’histoire ne dit pas si le propriétaire avait abusé de la brune brew du nouveau locataire avant d’apposer sa signature sur le document, mais il est bon de mentionner que ses locaux étaient restés inoccupés pendant 10 ans avant l’arrivée de Guinness.

Pour des raisons subséquentes d’expansion, l’entente historique deviendra malheureusement caduque lorsque l’entreprise brassicole fera l’acquisition du site, bien avant la création du mythique Livre des Records

DEI GRATIA

1911. Grand moment d’émoi, alors que la Monnaie Royale Canadienne modifie quelque peu l’inscription sur le côté face de nos cennes.

Ainsi, sans tambours ni trompettes, l’inscription auréolant le visage de notre souverain (du moment), cuvée 1910 ‘’EDWARDUS VII DEI GRATIA REX IMPERATOR’’ change, pour la cuvée 1911 à ‘’GEORGIUS V REX ET IND IMP*’’.  L’omission des mots DEI GRATIA (ou à la grâce de Dieu) provoque le scandale chez le bon peuple canadien.  Un roi sans la bénédiction divine, c’est du sacrilège! 

Toujours est-il qu’à partir de 1912, l’imprimatur céleste reprendra prestement sa juste place dans le titre royal sur toute monnaie, ne serait-ce que par les initiales ‘’D.G.’’, comme on le voit aujourd’hui.  D’ailleurs, au XXIe siècle, on se soucie davantage d’éléments de décor dans un salon bleu, que du p’tit change dans nos poches…

*et Empereur de l’Inde

…dans le coeur de ses compatriotes

1799. Sollicité par le Sixième Congrès, le général retraité de l’Armée Continentale, membre du Congrès, gouverneur de la Virginie et père du général Robert E. Lee, Henry ‘’Light Horse Harry’’ Lee compose l’oraison funèbre destinée à son frère d’armes et ami, le regretté George Washington, décédé le 14 décembre. 

Il pond son texte à Philadelphie, dans l’ancienne résidence de Benjamin Franklin.  Henry Lee ne pourra lui-même livrer l’oraison quelques jours plus tard, mais on pourra retenir ces quelques mots vers la fin de son texte:

‘’To the memory of the Man, first in war, first in peace, and first in the hearts of his fellow-citizens’’, ou à la mémoire de l’Homme, premier en guerre, premier en paix, premier dans le coeur de ses compatriotes.

Il est fort à parier que l’oraison dédiée à son quarante-quatrième successeur, lorsque son tour viendra, soit quelque peu moins élogieuse.  Ou, Dieu nous garde, le contraire…

Blenheim Palace

1874. Souhaitons la bienvenue en ce bas monde, plus précisément dans le vestiaire de salle de bal d’un château, au petit Winston Churchill. Comme nous le savons tous aujourd’hui, il deviendra une des personnalités de premier plan du XXe siècle. Bravo!

Ceci étant dit, quoique ce jour puisse de plein droit lui appartenir,  j’ai préféré me servir du jour de sa naissance comme prétexte pour braquer les projecteurs, ne serait-ce que brièvement, sur la résidence lui ayant servi de point de chute: le palais Blenheim.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, cette coquette résidence de style baroque (ou de bar rock en cette mémorable soirée de party où la belle et très enceinte Lady Randolph Spencer-Churchill accoucha) fut construite entre 1705 et 1722 à Woodstock.

Pourquoi le nom ‘’Blenheim’’ pour un château sis dans le très british comté d’Oxford, me demanderiez-vous?  Parce qu’il était une fois, en 1704, dans un affrontement majeur en Bavière, dans le contexte de la guerre de Succession d’Espagne, appelée la bataille de Höchstadt (aussi appelée bataille de Blenheim), un certain John Churchill, duc de Marlborough qui triompha avec son allié Eugène de Savoie contre une coalition franco-bavaroise.

Confus jusqu’ici? Moi aussi, alors je n’élaborerai pas d’avantage sur cette bataille, ni son contexte historique, puisqu’il n’y en a que le nom qui nous intéresse.

Donc en guise de récompense au duc de Marlborough pour sa victoire sur les méchants Français, la Couronne lui offre le gros du financement pour la construction de cette résidence baptisée en l’honneur du nom de la bataille.  Hélas, puisqu’on peut qualifier cette aventure d’une forme de PPP, ça ne se fera pas sans controverses, délais ni excès dans les dépassements de coûts.  Et comme pourrait le clamer une ancienne gouverneure générale dont nous chérissons tous le doux souvenir: ‘’…et pendant longtemps ils n’ont même pas d’eau chhhaude!’’.

Aujourd’hui un attrait touristique indéniable, cet édifice sert souvent de décor pour le cinéma, dont en voici quelques exemples : Barry Lyndon (1975), King Ralph (1991), Chapeau melon et bottes de cuir (1998), Harry Potter et l’Ordre du phénix (2007), Mission Impossible 5 (2015)…

Khan vs Kamikaze

1281. Les Mongols de Kubilaï Khan (le petit-fils de Ghengis) sont considérés les maîtres de l’Asie (et même plus), mais encore faut-il qu’ils restent sur la terre ferme. Ils l’apprennent à la dure, deux fois plutôt qu’une, dans leurs tentatives d’ajouter le Japon à l’empire de la dynastie Yuan.

N’eut été d’un typhon venu malencontreusement brouiller les cartes et coulé le tiers de la flotte mongole à l’automne 1274, l’invasion aurait dû réussir.  Pour le Khan, ce fut de la malchance, donc partie remise.

Suite à ce contretemps, il a tenté l’approche diplomatique, encouragé par son chum Marco Polo qui avait trouvé l’idée géniale et ne cessait de répéter yes we Khan. Une délégation se présenta donc chez l’empereur japonais, l’invitant à venir à Dadu (Beijing) se prosterner devant le Kubilaï Khan.  Hélas, ce fut un autre échec, les têtes de ses émissaires étant retournées, séparées du reste de leurs corps.  Il va sans dire que la réponse nippone constitua un affront pire qu’un tweet extrême d’une ministre canadienne à propos des us et coutumes d’un petit royaume du Moyen-Âge Moyen-Orient.

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Donc le Khan, coiffant sa casquette MAGA (Make Asia Great Again), entreprit de se rebâtir une nouvelle flotte, un projet étalé sur sept ans.  Il créa même un ministère dédié exclusivement à la conquête du Japon.  Cette flotte serait immense, comptant environ 4 400 bâtiments, petits et gros, provenant de chantiers chinois et coréens (vous l’aurez deviné, aucun contrat pour la Davie, navrant…).

La puissance navale de Khan se présentera enfin en août 1281, au large de l’île de Kyushu.  Or, n’ayant pas au préalable consulté le canal météo, sa flotte sera surprise le 15, par un autre typhon.  Cette manifestation de Mère Nature, affectueusement appelée ‘’vent divin’’ (Kamikaze) par les insulaires nippons, avalera la flotte ennemie, protégeant ainsi le Japon de l’envahisseur.

Croyant d’ailleurs à l’influence de forces surnaturelles, le Khan abandonnera son projet.  Et son ministère.

Peut-être le reverrons-nous vers l’an 2285, aux alentours de Ceti Alpha VI…   

le Crime artistique du siècle

1974. Les ayant ‘’découvertes’’ en feuilletant un magazine dans un cabinet de dentiste 6 ans plus tôt, le funambule français Philippe Petit réalise enfin son rêve et enjambe ce matin le fil qui relie le sommet des tours jumelles du World Trade Center.

Il ne se contente pas de traverser la distance dans le vide, à plus de 400 mètres du sol, mais bien de faire 4 allers-retours. Étirant son plaisir, il s’immobilisera tantôt pour se coucher sur le fil, tantôt pour s’y agenouiller et saluer la foule, près d’un demi-kilomètre sous lui, alors que les policiers, l’attendant sur les toits, lui ordonnent de cesser, menaçant même de l’attraper au moyen d’un hélicoptère.

Pour réussir l’exploit, qualifié de ‘’crime artistique du siècle’’, Petit aura, avec quelques complices, préparé la cascade dans ses moindres détails, incluant plusieurs visites de repérage, dignes d’un roman d’espionnage.

Quelques semaines plus tard, un autre crime artistique est commis, cette fois-ci de l’autre côté de l’Atlantique, par le groupe rock Supertramp, avec la sortie de l’album Crime of the Century. Désolé, il n’y a aucun lien avec la cascade new-yorkaise.

Par contre, on pourrait se demander si les paroles de la chanson-titre ne seraient pas prémonitoires, non pas en référence à l’autre crime dont les tours jumelles feront tragiquement les frais à l’aube du siècle suivant, mais plutôt de l’implosion possible et redoutée de la démocratie américaine.  Espérant se trumper…