Ermächtigungsgeset

1933. Pour accepter le poste de chancelier du Reich, ’’offert’’ par le président Paul von Hindenburg le 30 janvier précédent, Adolf Hitler avait exigé de nouvelles élections législatives dans les plus brefs délais, question de gonfler la représentation nazie au Reichstag, le parlement allemand.

 Malgré une campagne ‘’démocratique’’ fortement teintée d’intimidation et de propagande, l’ensemble des partis d’extrême droite et de droite n’auraient atteint que la majorité simple lors des élections du 5 mars.  Pour un aspirant à la dictature, ce n’était pas suffisant pour lui donner les coudées franches.

Voilà donc, c’est la loi d’habilitation ou loi des pleins pouvoirs (le titre coiffant cette chronique) qu’Adolf Hitler réussit aujourd’hui à faire adopter, lui assurant les pleins pouvoirs pour régner par décrets, donc réduisant le Reichstag en un club de faire-valoir. Ce qui fera dire à Joseph Goebbels, son ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande quelques jours plus tard, ‘’maintenant nous sommes les maîtres’’. Techniquement une loi d’exception à portée limitée, le Führer se l’appropriera en permanence et s’en servira à toutes les sauces jusqu’à la toute fin de son règne, absolu.

Dans des moments de crise, comme celle que nous connaissons présentement à l’échelle planétaire avec la COVID-19, il est normal de voir des gouvernements adopter des lois d’exception, ou des mesures d’urgence. Nous ne devrions pas avoir à craindre des aspirations de nos dirigeants, sauf bien sûr pour ce qui est du (très) sympathique président au sud de notre frontière…

Indigeste Évian

1938. Aujourd’hui, à Évian-les-Bains, dans un hôtel au bord du lac Léman s’amorce la conférence internationale d’Évian, réunissant 32 pays. À l’ordre du jour, le sort des Juifs en Allemagne.  C’est le fruit d’une initiative du président américain Franklin D. Roosevelt, inquiet à propos de l’antisémitisme nazi.  Bien entendu, l’Allemagne n’est pas invitée.  Quelques pays d’envergure, telles la Russie et l’Italie, pour des raisons évidentes passeront leur tour.

Hôtel Royal
Hôtel Royal

On aura beau condamner le traitement réservé aux Juifs allemands, l’enthousiasme délirant  (…) des participants à ce huis clos se traduira en festival PDMC (Pas Dans Ma Cour).  ‘’Dans les circonstances présentes, l’Australie ne peut en faire plus… Nous n’avons pas de problème racial notable et nous ne voulons pas en importer un’’.  Cet aveu du délégué australien reflètera le sentiment général, incluant celui des États-Unis, dont le leadership ne sera que symbolique, ”oubliant” d’améliorer ses propres quotas d’accueil pour les réfugiés juifs.

Rafael Leónidas Trujillo Molina
Rafael Leónidas Trujillo Molina

Il y a bien la République Dominicaine qui offre d’en prendre entre 50 000 et 100 000, question de ‘’blanchir’’ son paysage, en échange de considérations monétaires.  Or le traitement infligé quelques mois plus tôt aux Haïtiens par le dictateur Trujillo, un massacre de plusieurs milliers, ressemble étrangement à l’attitude hitlérienne vis-à-vis ses indésirables.  La suggestion du timbré ne sera pas prise au sérieux.

Bref, une perte de temps de 10 jours, au terme desquels se sera créé le CIR, le Comité intergouvernemental pour les réfugiés.  Avec un peu de cynisme, ça aurait pu également se lire le Comité intergouvernemental pour les refouler. D’ailleurs, le Führer ne manquera pas de pavoiser, affirmant : ‘’C’était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitié pour le peuple juif et rester de marbre quand il s’agit vraiment d’aider les Juifs!’’

Au moins, l’eau de source était bonne…

Avec la crise présente des réfugiés syriens, l’Amérique (surtout Donald) a au moins le mérite d’être pas mal plus transparente quant à ses intentions d’accueil.  God Bless…!

Donald John Trump
Donald John Trump

La Nuit des Longs Couteaux

1934. Il y a bien sûr eu l’incident du même nom en novembre 1981, où pendant qu’à Hull René Lévesque roupillait, dans une cuisine du Château Laurier, sur l’autre rive de l’Outaouais, Trudeau père et les premiers ministres provinciaux du ROC (Rest of Canada) en profitaient pour s’entendre sur l’acte constitutionnel. Quelle coïncidence qu’ils aient tous souffert d’insomnie et aient décidé d’attaquer le frigo en même temps. Mais là s’arrête la comparaison avec le sujet du jour.

PET & René
PET & René

 

Malgré les fiers services rendus durant plus d’une décennie par Ernst Röhm et sa milice, une joyeuse bande de fier-à-bras de la Sturmabteilung (SA) pour contribuer à la montée du nazisme, Adolf Hitler et ses proches sont bien conscients que ce fauteur de troubles, ambitieux de surcroit, doit être écarté avant qu’il ne devienne une vraie menace.  L’armée allemande, que ne contrôle pas encore le Führer, ne compte que 100 000 hommes, alors que la SA de Röhm s’élève à deux millions de membres, affectueusement appelés les chemises brunes.

Adolf & Ernst
Adolf & Ernst

Va-t-il échanger Röhm à Nashville?  Non, il pourrait un jour revenir le hanter.

Prétextant neutraliser une tentative de coup d’état, Hitler lance les premières arrestations  d’officiers de la SA à Munich dans les petites heures de ce 30 juin.  Puis avec un détachement de SS, arme au poing, il fera lui-même irruption dans la chambre d’hôtel de Röhm (pas la Ville Éternelle, la chemise brune en chef) pour l’arrêter.  Suivra promptement une purge, où plusieurs dizaines de hauts gradés SA seront exécutés.  Voilà la vraie Nuit des Longs Couteaux.

 

Responsable de centaines d’assassinats pendant une dizaine d’années, la SA aura été supplantée par la SS, responsable du génocide de millions de juifs dans un laps de temps équivalent.  Ce qu’une lettre peut faire…

TS