Ermächtigungsgeset

1933. Pour accepter le poste de chancelier du Reich, ’’offert’’ par le président Paul von Hindenburg le 30 janvier précédent, Adolf Hitler avait exigé de nouvelles élections législatives dans les plus brefs délais, question de gonfler la représentation nazie au Reichstag, le parlement allemand.

 Malgré une campagne ‘’démocratique’’ fortement teintée d’intimidation et de propagande, l’ensemble des partis d’extrême droite et de droite n’auraient atteint que la majorité simple lors des élections du 5 mars.  Pour un aspirant à la dictature, ce n’était pas suffisant pour lui donner les coudées franches.

Voilà donc, c’est la loi d’habilitation ou loi des pleins pouvoirs (le titre coiffant cette chronique) qu’Adolf Hitler réussit aujourd’hui à faire adopter, lui assurant les pleins pouvoirs pour régner par décrets, donc réduisant le Reichstag en un club de faire-valoir. Ce qui fera dire à Joseph Goebbels, son ministre de l’Éducation du peuple et de la Propagande quelques jours plus tard, ‘’maintenant nous sommes les maîtres’’. Techniquement une loi d’exception à portée limitée, le Führer se l’appropriera en permanence et s’en servira à toutes les sauces jusqu’à la toute fin de son règne, absolu.

Dans des moments de crise, comme celle que nous connaissons présentement à l’échelle planétaire avec la COVID-19, il est normal de voir des gouvernements adopter des lois d’exception, ou des mesures d’urgence. Nous ne devrions pas avoir à craindre des aspirations de nos dirigeants, sauf bien sûr pour ce qui est du (très) sympathique président au sud de notre frontière…

La Nuit des Longs Couteaux

1934. Il y a bien sûr eu l’incident du même nom en novembre 1981, où pendant qu’à Hull René Lévesque roupillait, dans une cuisine du Château Laurier, sur l’autre rive de l’Outaouais, Trudeau père et les premiers ministres provinciaux du ROC (Rest of Canada) en profitaient pour s’entendre sur l’acte constitutionnel. Quelle coïncidence qu’ils aient tous souffert d’insomnie et aient décidé d’attaquer le frigo en même temps. Mais là s’arrête la comparaison avec le sujet du jour.

PET & René
PET & René

 

Malgré les fiers services rendus durant plus d’une décennie par Ernst Röhm et sa milice, une joyeuse bande de fier-à-bras de la Sturmabteilung (SA) pour contribuer à la montée du nazisme, Adolf Hitler et ses proches sont bien conscients que ce fauteur de troubles, ambitieux de surcroit, doit être écarté avant qu’il ne devienne une vraie menace.  L’armée allemande, que ne contrôle pas encore le Führer, ne compte que 100 000 hommes, alors que la SA de Röhm s’élève à deux millions de membres, affectueusement appelés les chemises brunes.

Adolf & Ernst
Adolf & Ernst

Va-t-il échanger Röhm à Nashville?  Non, il pourrait un jour revenir le hanter.

Prétextant neutraliser une tentative de coup d’état, Hitler lance les premières arrestations  d’officiers de la SA à Munich dans les petites heures de ce 30 juin.  Puis avec un détachement de SS, arme au poing, il fera lui-même irruption dans la chambre d’hôtel de Röhm (pas la Ville Éternelle, la chemise brune en chef) pour l’arrêter.  Suivra promptement une purge, où plusieurs dizaines de hauts gradés SA seront exécutés.  Voilà la vraie Nuit des Longs Couteaux.

 

Responsable de centaines d’assassinats pendant une dizaine d’années, la SA aura été supplantée par la SS, responsable du génocide de millions de juifs dans un laps de temps équivalent.  Ce qu’une lettre peut faire…

TS

 

L’Appel

1940. Alors qu’un illustre Français se tapait un Waterloo sur la gueule 125 ans plus tôt, un autre, fraîchement exilé à Londres, entreprend en ce 18 juin son Appel à la résistance, adressé à tous ses compatriotes en territoire britannique, sur les ondes de la BBC.

deGaulleLondres

Deux jours plus tôt à Bordeaux, le général Charles de Gaulle, alors sous-secrétaire d’État à la Défense, allait présenter une proposition de solidarité franco-britannique à son gouvernement, déjà acceptée par Winston Churchill, pour contrer l’Allemagne hitlérienne.

pétain

Or il était trop tard, le président du Conseil ayant déjà démissionné et passé les rênes au maréchal Philippe Pétain.  L’octogénaire maréchal, agissant sûrement en bon père de famille, avec une offre d’armistice , allait rendre au Führer la France sur un plateau d’argent.

Anger

De retour à Londres, avant d’avoir le feu vert pour passer en ondes, de Gaulle aura à se calmer et éditer son texte, jugé un peu trop intense au goût de ses hôtes britanniques, surtout le préambule où il qualifie de traître de Vichy, ce putain de Pétain devenu pantin hitlérien…  J’arrête ici pour souligner que cette dernière phrase n’est pas le verbatim de de Gaulle, même si on peut imaginer les états d’âme de l’homme d’État en devenir.  Non plus serait-il un ancêtre du slameur Grand Corps Malade.

Donc la version édulcorée transmise en ondes aura débuté comme suit : «Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer»

Cet Appel en ondes sera suivi d’une version condensée, placardée sur les murs de Londres :

appel18juin

Merci à herodote.net pour le contenu de cette chronique.