Empress of Ireland

1914. Fraîchement nommé capitaine du RMS Empress of Ireland, Henry George Kendall prend la relève du pilote à Pointe-au-Père (près de Rimouski) dans cette nuit du 29 mai pour sa première descente du fleuve Saint-Laurent, puis la traversée de l’Atlantique avec 1 057 passagers et 420 membres d’équipage à son bord vers Liverpool.

Il est environ 02h00, le temps est clair et il aperçoit au loin, venant vers lui, le SS Storstad, un charbonnier norvégien en route pour Montréal.  Les deux bâtiments se sont reconnus et tout va bien, jusqu’à ce qu’un épais brouillard les enveloppe alors qu’ils ne sont qu’à quelques kilomètres l’un de l’autre.

Malgré l’échange répété de signaux sonores et visuels des deux côtés, les manœuvres d’évitement s’avèrent déjà insuffisantes lorsque le contact visuel est enfin rétabli.  Le charbonnier frappe le paquebot sur son flanc à tribord.  Ce coup fatal qui coule l’Empress of Ireland en à peine 14 minutes, emportant avec elle 1 012 des 1 477 âmes à bord, lui vaut le second rang au palmarès des pires tragédies maritimes en temps de paix, derrière you-know-what.

Hélas, l’Empress est plus petit que le Titanic, a déjà 191 traversées de l’Atlantique sous sa coquille et n’est pas (pompeusement) déclaré insubmersible, malgré la tragique preuve du contraire pour le Titanic face à un vulgaire cube de glace à sa toute première sortie.  Faut également avouer que le trajet Québec-Liverpool est moins glam que celui de Southampton-New York, compte moins de vedettes à bord et coule trop vite pour que Céline ait le temps de chanter My Heart Will Go On.  

De plus, ce drame se passant à peine quelques semaines avant le déclenchement de la Grande guerre, il sera vite relégué aux oubliettes.

Aujourd’hui, l’épave de l’Empress, reposant à 42 mètres de profondeur, à 7 kilomètres au large de Sainte-Luce est classée bien historique et archéologique depuis avril 1999 et est un attrait touristique pour les plongeurs avertis.  Pour ma part, je m’abstiendrais, considérant les 150 cm de profondeur de ma piscine près de la limite de ma zone de confort…

 

Ce sera une difficile nuit du 19 mai pour le capitaine Kendall, mais il survivra.  D’ailleurs, il pourrait tenir la vedette d’une autre chronique.

Et le sort de l’autre protagoniste dans cette histoire, me demanderiez-vous? Avec son nez amoché, le Storstad parviendra à se rendre à Montréal, compléter sa livraison, puis être vendu à une compagnie d’assurances pour régler la poursuite en dédommagement de la part de la Canadian Pacific Railway, propriétaire de l’Empress of Ireland.  Ironiquement, le Storstad connaîtra une fin tragique quelques années plus tard, torpillé par un U-boat allemand, au large de…l’Irlande.  Tiens, toé!