de remontrance à 1er amendement

1657. Il y a 362 ans aujourd’hui, le directeur général de la Nouvelle-Néerlande, Pieter Stuyvesant, recevait une pétition signée d’une trentaine de ses commettants de la commune de Flushing (originalement nommée Vlissigen, puis Vlishing) l’enjoignant de revenir sur sa décision d’interdire les cultes autres que celle de l’Église réformée néerlandaise. 

Quoique d’initiative de gens de sa propre confession réformiste, le but de cette pétition, la remontrance de Flushing, tentait surtout de mettre un terme à toute forme de persécution à l’égard des pratiques religieuses des fidèles de l’organisation des Quakers. Suite à son refus, Stuyvesant se verra contraint par ses patrons de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales à abandonner son intolérance religieuse quelques années plus tard, en 1663, un peu avant la prise de contrôle du territoire par les Britanniques l’année suivante.

Cette pétition, la remontrance de Flushing est réputée être l’inspiration du premier amendement à la constitution américaine, soit ‘’Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice…’’, adoptée le 15 décembre 1791.

Flushing (aucun lien avec Tirant-la-Chasse), dans l’arrondissement de Queens et à proximité de l’aéroport LaGuardia (New York), après avoir été le site des expositions internationales de 1939 et 1964 (deux flops commerciaux), abrite aujourd’hui le parc Flushing Meadows, site depuis 1978 du US Open, tournoi grand chelem de tennis.

Quant à Pieter ou Peter Stuyvesant, sa mémoire partira en fumée à la fin du XXe siècle.  Ici, les post-boomers risquent de ne pas comprendre…

Mother Ann & the Shakers

1774. Ann Lee, son mari, son frère, sa nièce et quelques autres fidèles débarquent à New York. C’est l’invasion des Shakers!

Ann Lee

Contrairement aux autres groupes britanniques qui envahiront l’Amérique près de deux siècles plus tard, les Shakers ne font pas de musique, malgré leur rituel original d’expurgation de leurs peines par des tremblements et danses en état de transe.  C’est dommage, car depuis que j’ai commencé ce texte, un succès de KC & the Sunshine Band m‘assaille comme un ver d’oreille.

KC Shake your bootie

Une adepte du prêcheur James Wardley et de sa femme Jane dans son Angleterre natale, Ann Lee, une féroce championne de la pureté de l’âme, est à la tête du United Society of Believers in Christ’s Second Appearing, mais on retiendra l‘appellation plus simple et sympathique des Shakers.    Un peu comme la Société religieuse des Amis, ou les Quakers, les Shakers prônent l’égalité des sexes.  Par contre, où il y a totale rupture avec l’autre groupe, c’est dans la conviction que la sainteté ne peut être atteinte que par l’abstinence sexuelle totale.  Ce qu’il y a de miraculeux, c’est de constater que ces illuminés réussiront, contre toute attente, à se reproduire.  Reconnue elle-même comme l’incarnation féminine du Christ par ses fidèles, on lui attribuera même quelques guérisons miraculeuses.

Sara Lee

Malheureusement pour elle, cette popularité, quasi nulle et éphémère, fera contraste à une autre Lee, Sara de son prénom, délicieuse et toute débordante de sucre et de gras trans, pour qui on fredonnera ‘’but nobody doesn’t like Sara Lee’’.

2015. Enfin quelque chose d’intéressant à la tivi ce soir, ce sera le premier débat des chefs! Ils ne seront que quatre; celui du BQ, exclu du carré de sable, ira plutôt se taper un BBQ en Gaspésie.

Malgré ce que peut croire Stephen 1er, même lui aura l’air d’un gamin en culottes courtes, alors qu’un vrai débat aura cours chez nos voisins du Sud.  Imaginez, pas 4, mais 10 candidats, pour un seul parti, dont Donald Trump, Jeb Bush, Rand Paul et Chris Christie comme têtes d’affiche, qui se lanceront des méchancetés devant des dizaines de millions de téléspectateurs.  Ça risque d’être plus drôle à FOX qu’à TVA.   Comme l’affirmerait l’ami Elvis Gratton…

Think Big

Gruau de foi

1660. C’est jour d’exécution à Boston, par pendaison, pour Mary Dyer. Son crime aura été de défier les lois puritaines de la Nouvelle-Angleterre bannissant les gens de confession quaker dans la colonie.

M. Dyer

Les puritains, une dénomination dissidente issue de l’église anglicane, considérée une menace en Angleterre, avaient fui la répression une trentaine d’années plus tôt pour venir former leur propre société, la colonie de la baie du Massachussetts, dans la région de Salem-Boston.  Un autre groupe dissident, du nom de la Société religieuse des Amis, mieux connus sous le nom de quakers, également peu confortables dans le carcan dogmatique de la mère-patrie, avaient également fait la traversée vers le Nouveau Monde, espérant faire plus d’amis.

Quaker Oats

Les puritains de la Nouvelle-Angleterre étaient des…puristes, dans le sens que seule la foi anglicane, dans son essence était valable.  Quiconque osait permettre des bribes de croyance tirées du catholicisme, de la foi luthérienne ou tout autre variante du protestantisme venir contaminer la foi anglicane était considéré hérétique.  Les Amis, malgré leurs délicieuses céréales, étaient des hérétiques.

 

En gros, les puritains soutenaient le baptême et la communion, alors que les quakers, rejetant toute structure hiérarchique, ne croyaient en aucun sacrement, considérant plutôt tout geste sacré, s’il était fait au nom de Dieu.  Les puritains se croyaient investis par Dieu pour créer un état chrétien en Amérique, avec des lois strictes.  Les quakers croyaient plutôt à la liberté religieuse, refusant même les lois qui, à leurs yeux, violaient leurs préceptes d’égalité et de non-violence.

Mary Dyer

Mary Dyer aurait pu échapper à la peine capitale, mais la vlimeuse aura insisté à revenir à Boston, malgré les expulsions répétées, affirmant préférer mourir que de se soumettre aux lois anti-quaker.  Même après avoir eu sa peine de mort commuée alors qu’elle avait déjà la corde au cou l’année précédente, elle récidivera une autre (et ultime) fois.  On se souviendra de Mary Dyer, elle-même une puritaine convertie, comme l’une des trois membres du sélect groupe des martyrs de Boston.

Selon des sources, il ne faudrait pas ici tomber dans le piège du concept des bons quakers contre les méchants puritains.  La société religieuse des Amis de l’époque n’était pas nécessairement si angélique que pourrait faire croire le texte ci-haut.  Par leurs cris et excès verbaux lors de débats et leur propension à foutre le bordel dans des assemblées ou autres activités civiles, les quakers savaient frotter à rebrousse-poil.  Tiens, c’est à se demander si les casseurs de cours de l’UQAM ne seraient pas de ces quakers réincarnés…